PROFESSIONNEL


Dans les années 80, l'idéologie du « management » d'entreprise s'est diffusée à toute la société. La  "qualité  professionnelle" de nos moindres gestes est devenue la norme et une écrasante pression psychologique nous est tombée sur la  tête : Quand le critère "professionnel" devient le standard de l'évaluation d'une action, alors "amateur", (ou bénévole),  devient synonyme d'incompétence, de médiocrité, de moindre qualité.


Avec le "zéro défaut", le "just in Time", le "flux tendu", la norme "ISO 9002"... La perfection productive devient une forme de fascisme. Celui qui ne donne pas le meilleur de lui-même à la grande concurrence capitaliste n'est pas digne de faire partie de cette société. C'est un parasite, bientôt un sous-homme qui nous fait prendre du retard dans la grande et impitoyable  compétition mondiale..


On a vu des animateurs jeunesse, des travailleurs sociaux, des comédiens amateurs, des élus bénévoles, sommés d'adopter un comportement vraiment "professionnel", devoir justifier une qualité "professionnelle" et des résultats "professionnels"... Cette pression psychologique qui s'est déguisée sous l'argument de la qualité n'était rien d'autre que l'exigence de la  compétitivité, de l'hyper productivité qui ne dit pas son nom. Quand toute une société et sommée de n'être plus composé que de professionnel, il n'y a plus de société, il n'y a plus que des robots soumis à la grande loi de la marchandise de la rentabilité et du profit. Il  y a aujourd'hui des parents professionnels (professions parents) des habitants professionnels, et des bénévoles associatifs qui ne sont  plus que des professionnels non-salariés, au regard des compétences qu'on leur demande de maîtriser : gestion, politique, montage de  projet, évaluation d'action, négociations partenariat...

 

Avec la tyrannie du tout professionnel, arrive bientôt celle du tout-évaluation, qui a pour but de dépister et d'éliminer toutes déviances improductives, tout comportement non professionnel est donc anticapitaliste.

 

Résister, c'est  plaider pour le droit à l'erreur, au tâtonnement, à l'imperfection, à l'hésitation, au recommencement, à l'à-peu-près, à la paresse, à l'amusement, à l'échec, à l'improductivité...c’est refuser d’évaluer et d’être évalué selon des normes « professionnelles ».

 

Traduction

 

L’animateur de l’atelier « peinture » du centre de loisirs doit viser une production de qualité artistique professionnelle avec les enfants.

 

Le travailleur social n’est pas là pour que les enfants s’amusent ou s’expriment, mais pour qu’ils intègrent l’exigence de rentabilité et de productivité qu’on attendra d’eux dans le travail.