Le rêve de coexistence pacifique des petites gens et des classes moyennes, celles-ci tendant la main à celles-là dans une ascension sociale inéluctable, s'est effondré avec l'autorisation politique donnée aux dirigeants d'entreprise de se comporter comme des prédateurs, à partir des années 8O. Avec la vague de déréglementation mise en oeuvre par les « socialistes », le partage de richesse des années soixante (70% aux salaires et 30% au capital) a reculé (60% au salaires et 40% au capital aujourd'hui), avec une richesse qui a doublé dans le même temps. Soit un recul de 10 points en une génération, 10% de la populations interdite d'emploi et l’apparition de nouveaux riches.
Les prolétaires sont parqués dans des cités-ghettos (pas encore des camps), et la situation des quartiers est insurrectionnelle (émeutes nationales de novembre 2005). L’usage du mot " ghetto " et la référence inquiète aux Etats-Unis sont deux des principaux poncifs du discours sécuritaire, et plus largement de presque tous les discours consacrés aux " banlieues ". La concentration de "populations à problèmes " (c’est-à-dire de pauvres et d’immigrés) dans des territoires nommés " quartiers sensibles " est en effet présentée comme la source de tous les maux.[1] Et à ce diagnostic est souvent opposée une solution-miracle : la "mixité sociale", née en mars 1972 d’une circulaire d’Olivier Guichard, alors ministre de l’Aménagement du territoire. L'idée n'est pas de faire reculer l'inégalité en s'attaquant à l'organisation du travail dans les entreprises (renforcer le droit du travail au lieu de le détruire, cesser de défiscaliser les entreprises, enrayer les exonérations de cotisations) mais de disperser les concentration de pauvres en démolissant les cités et en n'en relogeant q'une partie (les autres vont plus loin) ou de les « diluer »en mélangeant les classes dangereuses avec des classes moyennes sages, soumises, intégrées par le rapport salarial.
Le cynisme de cette philosophie est tellement énorme que chacun prétend ne pas le voir, et, préfère traiter le symptôme plutôt que la cause : s'il y a des pauvres, dispersons les, invitons quelques enseignants à habiter les ghettos en les culpabilisant si ils s'offusquent de quelques incivilités somme toutes bien supportables : drogue, violence, inactivité, économie parallèle, trafics pour survivre, délinquance organisée...pas un seul élu municipal n'habite les quartiers en France : messieurs les bons apôtres, donnez donc l'exemple de la mixité sociale ! Louez votre pavillon à une famille africaine et venez habiter une tour ! Et pendant que vous y êtes, faites respecter la carte scolaire, la seule mesure réellement productrice de mixité sociale en France, celle qui interdit que l'on choisisse son école ou les fréquentation de son enfant ou commencez par la respecter vous-mêmes : les élus municipaux sont les premiers à demander et à obtenir des dérogations à la mixité sociale pour leurs enfants, et Ségolène royal propose même d'abolir cette insupportable contrainte républicaine et égalitaire.
Jamais le tissu urbain ne fut structuré autrement que sous la forme d’une stratification opposant les quartiers riches et les quartiers pauvres. Aujourd’hui, le processus s’est encore aggravé, les communes qui détruisent les cités HLM investissent non dans de nouveaux logements sociaux, mais dans l’accession à la propriété. Si l’urbanisme exprime la manière de penser d’une époque, on peut s’inquiéter d’une France se dirigeant tout droit vers la division spatiale en trois ghettos : celui des riches, celui des pauvres et celui des classes moyennes.[2]
Le concept de mixité sociale ne traduit pas la volonté de mettre fin au fait qu'il y ait des pauvres et des riches, mais le fait qu'il faille les faire coexister pacifiquement. C'est une résignation qui trahit le le renoncement à combattre l'inégalité. Il s’agit bien de réaliser « une gestion harmonieuse de la misère » !
Mais il y a aussi des raisons intéressées à la discrimination. Pour beaucoup de bailleurs, la valeur du parc immobilier dépend de l’image de la cité.. qui dépend elle-même de l’image des locataires…qui dépend elle-même de l’origine géographique…etc. Pour beaucoup de municipalités, il faut freiner l’arrivée dans le logement social des populations les moins « désirables » - c'est-à-dire les familles les plus pauvres, les plus précaires, les plus nombreuses et les plus « ethniquement différentes ». Cependant les choses ne peuvent pas se dire aussi ouvertement car la sélection des locataires en fonction de leur origine reste, aux yeux de la loi, une discrimination. Il faut donc parler à mots couverts, ce que permet justement le terme de « mixité sociale ». L’union des fédérations d’organismes HLM a ainsi recommandé d’utiliser ce concept de « mixité sociale » pour motiver des refus d’attribution et ne pas risquer d’être attaqué pour discrimination.
Exercice de traduction : « Prolétaires de tous les pays, rassemblez vous »
Prolétaires de toutes les communes :
dispersez-vous !