« Libre et non faussée »
Magie du langage : dans le projet de traité établissant une constitution pour l’Europesoumis au référendum du 29 mai 2005, « L'Union offre à ses citoyens (…) un marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée. » (Art. I-3) Somme toute, un paradis de liberté…pour qui ?
Une
« concurrence libre »
signifie que l’Union – (c'est-à-dire les 25 ministres des finances) –
organisent un espace ou RIEN ne doit pouvoir échapper à l’argent et au rapport
marchand.
Une
« concurrence libre » signifie qu’aucun pouvoir privé ne doit être
empêché de s’intéresser commercialement à aucun secteur de l’activité humaine,
ni à aucun bien commun universel (sports, loisirs, éducation, culture,
tourisme, santé, environnement, air, eau…),
qui jusque là n’étaient pas considéré comme commerciaux. Il s’agit de
TOUT transformer en marchandise. Toute
relation entre deux êtres humains doit pouvoir – d’une façon ou d’une autre -
donner lieu à une transaction d’argent. Il n’y a plus aucun frein à
l’appétit de commerce.
« Fausser
la concurrence »
fait penser à une mauvaise action. Mais qui sont les
« faussaires » du langage ? « Fausser la concurrence »
veut dire « protéger » les faibles, « Garantir » le droit
des fragiles, « aider » ceux qui en ont besoin,
« corriger » les inégalités, « respecter » l’environnement,
« se soucier » de l’intérêt général, « offrir » des
services gratuits, « assurer » une éducation gratuite, une santé
gratuite…etc.
Toute l’oeuvre de la civilisation humaine depuis
des millénaires consiste à fausser la concurrence, c'est-à-dire à protéger le
faible contre le fort, à créer du droit pour empêcher le commerce
de s’approprier tout n’importe comment, à créer des services publics, à mettre
des barrières aux intérêts privés au nom de l’intérêt général.
Dans
une concurrence « libre et non faussée », les services mis en œuvre
par la vie associative devront pouvoir entrer en concurrence avec des firmes
privées, et toute subvention à cette vie associative devra disparaître. Bel
avenir pour la démocratie.
Dans
la constitution française, les droits fondamentaux étaient la liberté, la
propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. Dans la constitution
européenne ce sont : La libre
circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux,
ainsi que la liberté d'établissement… pour les firmes étrangères, sans
avoir à respecter les législations sociales en vigueur (le retour discret du
fameux A.M.I) (Art.I-4)
On
réfléchit, on relit, on se frotte les yeux et on se dit que l’on a mal lu.
Aucun être humain sensé, doté d’un cerveau en état de fonctionnement, ne peut
désirer vivre dans un espace où le concurrence serait « libre »
et « non faussée », c'est-à-dire où la loi de la jungle serait
devenue une règle constitutionnelle, et la loi du plus fort et du plus riche
s’imposeraient aux Etats qui n’auraient plus le droit de protéger les faibles.
Aucun être humain doté d’un cerveau (et d’une mémoire) ne peut approuver ce
projet néo-fasciste. Face à une Union Européenne qui réaliserait
le rêve fou de l’utopie ultra libérale d’un capitalisme totalitaire à faire
pâlir d’envie les Américains. Nous désirons au contraire une constitution qui s’engage à fausser la
concurrence. Encore plus, qui nous explique comment elle va la fausser, en nous
donnant des garanties d’application. Copie à revoir.