Après avoir éliminé Robespierre, la réaction thermidorienne de
1795 met fin à la révolution et à l’idéal d’une société dans laquelle l'égalité
serait réalisée. Mais comment consacrer le retour de l’inégalité, de l’argent,
de l’aristocratie, de la fortune, de la propriété sans que le peuple ne
reprenne les armes ? Comment abandonner l'égalité sans que cela ne se voie ? En
l’appelant : « l’égalité des chances ». L’égalité des chances est le mot qui veut dire
« Inégalités». Tels le lapin et la tortue, nous sommes donc « égaux »
sur la ligne de départ. Nous avons virtuellement les mêmes « chances ».
En entrant à l’école, Bastien dont le père est banquier, et
Mohammed, dont le père est chômeur ont donc
les mêmes « chances ». Il est évident que si Bastien intègre une grande école et Mohammed ne
dépasse pas la troisième professionnelle, ce n’est que le résultat de leur
mérite propre. L’un n’a pas su, ou pas voulu utiliser les « chances »
que l’on avait mises à sa disposition en égale proportion avec l’autre. Quand l’un
et l’autre doivent raconter leurs vacances dans une rédaction, c’est un pur
hasard si les parents de Bastien et le professeur possèdent la même
culture, partagent les mêmes codes, les mêmes modes de
vie, et aiment tous les deux les mêmes vacances : marcher dans le Cantal
plutôt que de s’entasser au camping des flots bleus et de faire du baby foot au
café de la plage. Ou encore de rester jouer au foot tout l’été sur la dalle de
l’immeuble. Si la rédaction de Bastien (à qui sa maman a appris à reconnaître
les chants d’oiseaux dans les forêt du Cantal) reçoit une meilleure note, c’est
parce que Mohammed n’a pas voulu faire l’effort de raconter dans des termes
joliment et littérairement tournés ses journées d’été occupées à traîner dans
son hall d’escalier. Un tel sabotage de ses « chances », une telle
mauvaise volonté, une telle paresse intellectuelle méritent une sanction. Un
tel refus d’utiliser les « chances » que l’école républicaine a
mises à sa disposition, mérite une mauvaise note.
Comme tous ces mots à dépolitiser les rapports sociaux,
« l’égalité des chances « est une machine à nous faire croire que
cette société offre à tous une égale opportunité et que nous sommes seuls responsables
de notre situation. C’est le modèle Américain du « land of opportunity ».
Il n’y a plus de patrons pour nous exploiter, seulement des individus qui ont
voulu ou pas saisir leurs chances.
Transformé en loi, ce principe de l’égalité des chances
légitime l’abjection des « grandes écoles » dans lesquelles se côtoie
et se reproduit « l’élite républicaine » qui est essentiellement le
refuge de la noblesse et de l’aristocratie reconstituées. Depuis la loi sur
l’égalité des chances, un quota de pauvres et d’étrangers (pardon…de
« minorités visibles ») est autorisé à rentrer dans ces écoles. Mais
la question n’a jamais été de savoir combien y entraient, mais combien en
sortaient. Au nom de l’égalité des chances, tout le monde rentre dans
l’entonnoir de l’école, mais seulement 1% de fils d’ouvriers en sortent avec un
diplôme universitaire quant la France dénombre 30% d’ouvriers en 2005 au sein
de la population active. Jetons un voile
pudique sur les 99 autres… Le problème de l’égalité n’est pas de rentrer
mais de sortir égaux, pas de démarrer
mais de finir égaux. C’est une toute autre tâche !
Traduction,
Pour aider les parents à exercer leur autorité parentale la loi sur l’égalité des chances institue un contrat de responsabilité parentale qui permet d'assigner des objectifs aux parents. S'il n’est pas respecté par la famille, les autorités compétentes pourront prononcer la suspension provisoire de certaines allocations. (texte officiel)
Pour punir les familles dont les enfants ne se soumettent pas à l’oppression et à la pauvreté, la loi pourra pénaliser financièrement les parents pour leur apprendre à faire respecter l’humilité de leur condition.