Management / jugements psychologiques de la personne remplaçant "métier"
et "qualification". Permet de détruire la mobilisation collective
au profit de l'individualisation des carrières. Directement importées des
techniques du management libéral, les « compétences » ont avantageusement
remplacé « la qualification » et « le métier » dans
le langage des formateurs et des employeurs, (notamment associatifs). Le
patronat veut se débarrasser des « métiers » qui permettent de
résister collectivement et de s’organiser syndicalement. Comme il faudra
désormais en changer cinq à six fois dans une vie, ce sont les « compétences »
à s’adapter, à se rendre « employable » qui serviront désormais
à évaluer les travailleurs (pardon – les collaborateurs »). Finissons
en avec le « savoir faire » et célébrons l’ère nouvelle du « savoir-être ».
Savoir être docile, souple, interchangeable, malléable, motivé, imaginatif,
créatif, convivial, communiquant…et plaisant à son employeur (pardon –
à son collaborateur). C’est la personne, son être intime, sa vie privée,
sa culture, son comportement, qui doivent être enrôlés dans la productivité du service…au nom de la qualité,
ou du militantisme et de la noblesse des missions (culture pour tous, sport
pour tous, loisirs pour tous…) et pour garder les subventions, c'est-à-dire
la part de marché public.
On peut ainsi, à l’école et dans l’entreprise découper le comportement
du travailleur en sous-compétences , telles que « manifester l’envie
d’apprendre »,
« accepter des activités contraignantes », « savoir être
autonome « , « faire preuve d’initiatives », « gérer son
temps » ou « respecter les
règles de vie au sein de l’association »[1] autant de critères qui relèvent de l’expérience personnelle et non d’une
rationalisation des tâches. On y trouvera curieusement aucune compétence
telle que « tenir tête à un maire », "contester son patron",
"questionner le bien-fondé d'une décision" ou « résister
à une dérive marchande de l’association » !
Pourtant, le travail n’est pas simple affaire de compétences. Il s’y tisse
aussi un univers de coopération et de conflits qui dessinent une identité
collective et professionnelle. Avec l’évaluation de ses compétences, l’animateur
sosioculturel sent peser sur lui la pression à être conforme, pour le bien
politique et financier de l’association. Comment des associations progressistes
forgées dans une histoire des luttes sociales on pu en arriver à relayer
en toute naïveté et bonne conscience ce discours réactionnaire n’est pas
un mystère : c’est la grande victoire du capitalisme qui est d’abord
– on ne le dira jamais assez – une victoire sur les mots, n’en déplaisent
à ceux qui croient encore que les mots ne sont que des mots, et pas une
manière d’agir !
Exercice de traduction :
Le portefeuille de compétences des nouveaux emplois-jeunes médiateurs de quartier, seront régulièrement
évaluées par leurs tuteurs avec les partenaires de l’action.
« La souplesse, la soumission et la collaboration
active et ardente des jeunes payés pour calmer la rébellion de leurs copains, leur
capacité à intégrer le discours des institutions fera l’objet d’un contrôle
avec les financeurs »
1] On peut lire Jean Pierre Le Goff. La barbarie douce. Paris. La découverte.
1999