Dans l'accélération des idées , des biens et des services sur le mode du renouvellement de la marchandise, l'innovation est une "méta-valeur". Elle remplace toute les valeurs et s'y substitue. Le sens est annulé, c'est la nouveauté qui fait sens. Bon ou mauvais, (anciens critères) peu importe, c'est nouveau, donc c'est bien...même quand c'est mauvais ! Le capitalisme n’étant pas un régime de satisfaction des besoins mais d’accumulation sans fin, nous y sommes condamnés à « innover ». Manifester de la nouveauté, sous le prétexte de «progrès » ou de « développement » c’est manifester son dynamisme productif. Il n’y a pas de crime plus détestable que de « stagner », ou de se contenter de quelque chose qui fonctionne bien ou qui donne entière satisfaction.. La fuite en avant dans la marchandise doit constamment réactualiser le discours de l’exploitation pour mieux la masquer. Le capitalisme doit bouger ou mourir. Aucune vérité, aucune valeur ne sont vraies au point qu’on ne puisse pas les dépasser, puis les démoder. Toute valeur doit se renouveler pour rester crédible. La laïcité elle-même – par exemple - doit devenir moderne. « L’innovation sociale, culturelle, pédagogique », imposent de déclarer ringardes des manières de faire qui ont déjà plus de cinq ans. Il nous faut nommer d’une manière nouvelle ce que l’on continue de faire comme avant. L’animation communautaire doit s’appeler le développement local. La non-directivité doit laisser place à la pédagogie de l’autonomie. Quand nous aurons enfin réussi à nous mettre d’accord pour abolir cette abjecte notion de développement local, ou cette stupidité qu’est la pédagogie du projet, le capitalisme aura depuis longtemps inventé de nouveaux mots pour réactualiser le masque de sa domination.
Assez curieusement, le socialisme semble une idée définitivement ancienne quand le capitalisme ne cesse d’être une idée d’avenir, constamment rajeunie. Le capitalisme est la seule valeur qui ne se périme pas ! Le terrorisme de l’innovation produit la honte de penser par nous même et de n’être pas modernes. Le crime de nous prendre pour des sujets politiques plutôt que pour de bons petits agents du langage. Nous sommes pitoyables à force de vouloir rester dans la course, et prouver notre modernité, l’actualité de notre projet (reformulé comme il se doit), et de nos méthodes. Ce désir de modernité dans le langage n’est rien d’autre que notre servilité constamment réaffirmée auprès de nos maîtres financeurs. « L’innovation » ne vise que la « performance » qui n’est autre que la « productivité » que la capital attend de chacun de nous. Depuis trente ans, c’est l’autre nom de la déréglementation, de la destruction de toutes les lois que nous avions érigées contre la loi de la jungle : innover, c’est alléger les freins mis à l’exploitation. Montrer qu’on est innovant, c’est montrer qu’on est prêt à trahir, à renier tout ce à quoi on a cru avant. Le moderne est un lâche. Quand aurons nous le courage d’affirmer la qualité durable de notre savoir-faire et d’envoyer au diable les injonctions qu’on nous fait à présenter des « projets innovants » ?
Exercice de Traduction :
Le nouveau projet d’établissement fera la place à une innovation pédagogique qui visera à une plus grande autonomie de l’élève.
La mise en concurrence commerciale des écoles leur
permettra de s’affranchir de l’égalité et de laisser les élèves encore plus
seuls dans la sélection et la compétition.