INTERVENTION

Luc CARTON

EXPROPRIATION CULTURELLE, INDUSTRIALISATION et URBANISATION

 

 

Présentation :

 

En Belgique, deux monstres ont accouché de la Fondation où je travaille : d'une part, un monstre qui s'appelle mouvement ouvrier et qui coalise des syndicats, des mutuelles, des mouvements d'éducation permanente (le même concept que I'éducation populaire chez vous) et des coopératives, et d'autre part, les universités. Ces deux monstres ont fondé un endroit de courants d'air : La Fondation Travail Université qui fait de la recherche, de la formation et de I'intervention dans des mouvements culturels ou des organisations sociales.

Notre part de survie vient de contrats de recherche pour les divers gouvernements Belges (puisque nous avons des gouvernements régionaux, communautaires et encore un petit gouvernement national) et, ou pour les communautés européennes. C'est donc un endroit exposé à la fois à la recherche universitaire et au débat social mais appliqué à ce débat social.

 

 

1 .1 DECOMPOSITIONS ET RECOMPOSITIONS DU MODE DE DEVELOPPEMENT

 

 

1) Le déplacement de la culture dans le processus d'industrialisation et de démocratisation et quelques conclusions sur les rapports entre éducation populaire et action culturelle,

 

2) Quelques applications de la réflexion à des enjeux de société qui impliquent, à mon point de vue, une recomposition mutuelle à la fois de I'action publique et de I'action de type associatif de I'éducation populaire.

 

 

1) J'entend par culture, autant sa définition ethnologique que sa version savante ou scolaire et/ou que sa version sociologique qui permet de déconstruire des échanges entre les représentations culturelles de différentes classes sociales. Je l'entends donc ici au sens générique des systèmes de représentation du sens dans une société.

 

a) Relation économie & culture :

    de I'exclusion mutuelle à la réimbrication

 

L'idée du déplacement de la culture se passe en trois temps :

 

- un premier temps qui est le mouvement d'autonomisation,

- un deuxième temps qui est celui de I'accumulation de contradictions, liées à    ce modèle d'autonomisation

- un troisième temps qui est celui de réinternalisation de la culture dans la société et en particulier dans I'économie.

 

Je pars de I'idée caricaturale suivante : mettons que l'ancêtre très lointain de notre société soit une société de type holiste (du grec: holos=entier), c'est à dire une société de reproduction dans laquelle la question du sens des rapports sociaux appartient en propre aux rapports sociaux. Le meilleur exemple pour comprendre ce qu'est I'action culturelle d'une société holiste ou d'une société de reproduction, c'est de penser au modèle de l'apprentissage.

L'apprenti cordonnier apprend avec son père à la fois la représentation du monde, sa position sociale et son inscription particulière, c'est à dire la fabrique du lien social.

Dans une société holiste, la question du pouvoir est tout entière diffuse dans la société, d'où la tendance de ces sociétés à se représenter comme organiques et, tout en étant totalement diffuse dans le corps social, la question du pouvoir lui est tout à fait extérieure sous l'allure du Dieu, éventuellement incarné dans le système de royauté. Ceci pour comprendre le début du processus d'autonomisation sous l'angle de l'industrialisation et de la démocratisation, c'est à dire du processus qui accouche des révolutions industrielles et politiques il y a à peu près deux cent ans.

 

 

D'une part, la matrice de la société depuis le Moyen-Age, c'est clairement le Marché et, d'autre part, ce qui se passe à travers la révolution politique et l'institution des démocraties libérales c'est l'institution d'un Etat de Droit clairement distinct de ce Marché et donc d'un Espace Public et, puisqu'il s'agit d'un Etat de Droit non Totalitaire, la distinction dont vous êtes les porteurs comme fédérations d'associations d'éducation populaire : la Société Civile.

Ceci est le déchirement fondamental de nos sociétés dans leur passage de l'ancien au nouveau régime et c'est la naissance de ce qu'on appelle un Compromis Démocratique.

Un compromis démocratique c'est à dire la reconnaissance que nos sociétés sont divisées, que le principe de leur développement est la contradiction et que désormais nos sociétés vont tenter de vivre en regard d'une définition philosophique de la démocratie.

Une société est démocratique quand elle se reconnaît divisée, c'est à dire traversée par des contradictions, mais elle n'est démocratique que si elle poursuit comme finalité essentielle d'exprimer ces contradictions, de les analyser et donc de les comprendre de façon à les arbitrer.

Enfin, pour qu'elle soit vraiment démocratique, cette société se donne pour procédure essentielle de vous donner du travail, c'est à dire d'impliquer le plus largement possible chacun et chacune, à égalité, dans ce travail : expression, analyse et arbitrage des contradictions: une belle définition de la démocratie proposée par Paul Ricoeur.

 

Voilà un premier déchirement dans lequel on peut percevoir la promesse de culture liée à cette division des sociétés en sociétés démocratiques. S'il s'agit d'exprimer, d'analyser et d'arbitrer les contradictions, on pourra lire le déploiement de la perspective démocratique depuis deux siècles comme une série de conflits autour de ces définitions : que veut dire "exprimer" les contradictions, jusqu'où cela est-il tolérable, comment les "analyser" et enfin, comment les "arbitrer" ? Vous remarquerez que I'arbitrage est la troisième dimension et non la première. Dés qu'on parle de démocratie, on court en général vers la décision : avons-nous été du nombre de ceux qui ont décidé ?

La démocratie, ce n'est pas cela : cette définition nous rapporte en amont du droit, c'est à dire au fondement culturel de I'acte démocratique.

Le premier acte culturel de la démocratie, c'est I'expression, le deuxième c'est I'analyse et le dernier c'est I'arbitrage ! Cela situe bien la démocratie comme délibération: I'acte authentique de la démocratie n'est pas la décision mais la délibération.

Cela permet de jeter tout de suite un soupçon critique sur les tenants de la démocratie directe , des référendums d'initiatives populaires et autres affaires suisses dont on sait que cela conduit certains de leurs cantons à attendre près de 100 ans pour accorder le droit de vote aux femmes. Cela montre I'exigence du travail démocratique.

Cela étant, ce qui se passe dans le mouvement d'autonomisation de la culture et qui est décisif en regard de ces déchirures du compromis démocratique c'est la définition progressive d'un mode de développement qui va ressembler à ce compromis démocratique et qui va lui aussi procéder par autonomisation des champs.

Que se passe-t-il dans ce qu'on appelle la théorie des champs ? Nous retrouvons ici un premier champ, matriciel, celui où se fabriquent les marchandises et les services : le champ de la production, qu'on a convenu

d'appeler économique. Ce qui se passe a travers le processus non plus de démocratisation mais d'industrialisation, c'est I'autonomisation réciproque du champs économique et du champs culturel.

 

Contrairement à la fable du cordonnier qui apprend à son fils la vision du monde, le métier et la position sociale, I'industrialisation et I'institution de la division technique et sociale du travail va progressivement dissocier, c'est à dire rendre autonomes I'un par rapport à I'autre, ce qu'est l'économique (c'est à dire la production) et ce qu'est le culturel (c'est à dire la signification).

 

Il y a à cela de nombreuses raisons :

 

Une première : I'industrialisation suppose d'absorber rapidement des gens de cultures, de métiers, de langues extraordinairement divers. C'est particulièrement sensible dans les pays d'immigration, comme les Etats-Unis qui, tout au long du siècle dernier et au début de ce siècle, devant accueillir des bateaux entiers d'immigrants italiens, polonais, ukrainiens et autres, doivent créer une langue commune : avant que ce soit la langue des MacDonalds, c'est la langue d'un travail déqualifié.

Il est évidemment beaucoup plus simple, de donner des ordres simples dans une langue simple plutôt que de faire appel à la valorisation des métiers, des langues, des traditions et des cultures de tous ces arrivants. Ainsi, aux Etats Unis ou en France (où I'industrialisation fait appel à des ruraux qui ont eux-mêmes leurs terroirs, leurs métiers, leurs cultures..,), ce sont toutes sortes de représentations du monde qu'il s'agit d'araser, d'aplanir dans le processus d'industrialisation.

 

Une deuxième raison, d'autre part, tient à la mécanique de l'industrialisation, c'est à dire au projet d'intégrer à la machine une série de savoir-faire de façon à rendre le travail répétitif et fiable en incorporant à la machine une série de risques liés au travail humain.

 

Une troisième bonne raison de procéder à cette expropriation de savoirs culturels c'est évidemment une raison de lutte sociale, à savoir que les artisans les plus qualifiés sont les syndicalistes les plus redoutables. Les mouvements syndicaux n'ont pas été construits a priori directement par les ouvriers manoeuvres mais par les ouvriers qualifiés : une façon de combattre la capacité de conflit du mouvement ouvrier est donc de le déqualifier, c'est à dire d'intégrer, soit à I'organisation de I'entreprise soit à la machine, les compétences culturelles des plus qualifiés.

 

Pour toutes ces raisons et d'autres encore plus complexes, l'économique tend à se dissocier progressivement du culturel et ils tendent réciproquement à devenir autonomes l'un de l'autre, jusqu'au jour où..... jour où que nous aborderons tout à l'heure.

 

 

b) Relations économique à social :

le déplacement de la question sociale : l'invention du social, le compromis social-démocrate, le décloisonnement

 

Dans le même temps et pour la même raison, un troisième champ devient relativement autonome par rapport aux deux autres : le champ social.

L'industrialisation crée un conflit que l'on a longtemps cru total entre Capital et Travail, c'est-à-dire entre ceux qui se revendiquent de l'inégalité des positions de propriété et ceux qui se revendiquent de la tradition d'égalité ouverte par la démocratie. Comme le dit Jacques Lancelot : en 1848, lors la deuxième révolution, on accouche des prémisses d'un compromis où on dissocie les questions sociales des questions économiques. Cela n'allait pas de soi, dans un processus de travail, de reconnaître la nature économique du problème d'un côté et la nature sociale de l'autre, on le voit trop aujourd'hui: les problèmes économiques sont immédiatement sociaux et réciproquement mais il y avait longtemps que ce n'était plus le cas, du moins dans nos façons de négocier.

 

S'engage donc, autour de la moitié du 19' siècle une longue tradition d'autonomisation des problèmes économiques et des problèmes sociaux, si croissance économique il y a, développement social il y aura, peut-être.....

Si on laisse l'autorité légitime du patronat structurer la décision économique, d'investir et d'organiser la production, alors on peut négocier la redistribution sociale. Il y a donc autant autonomisation de l'économique et du social qu'il y a autonomisation de l'économique et du culturel. Cela nous pose une question redoutable : que deviennent les rapports entre social et culture, c'est-à-dire entre les groupes sociaux et leur façon de se représenter le monde?

 

L'inconnue des rapports entre social et culture

 

Cette question est celle qu'aborde de front l'école moderne et c'est là qu'on fait le lien entre les deux processus de déchirure: démocratisation et industrialisation, c'est-à-dire le lien entre l'autonomie de la culture comme objet et l'autonomie de la culture comme produit d'un système d'acteurs.

Que se passe-t-il ? Surtout en France, le compromis démocratique accouche très brutalement de l'Ecole Républicaine, elle-même levier d'une définition

autonome de la culture. l'Ecole Républicaine est bien celle qui projette l'instruction du futur citoyen, c'est-à-dire d'un homme universel, c'est-à-dire d'un homme non localisé socialement !

 

Cet homme, cette femme universels (c'était surtout l'homme à l'époque !), produit de l'Ecole Républicaine, est bien dans un jeu où la culture devient elle aussi autonome, distincte du social. Ce qui explique des débats très ouverts, au 19ème siècle, dans le mouvement ouvrier : faut-il oui ou non envoyer les enfants du peuple dans l'école bourgeoise, fut-elle républicaine et révolutionnaire?

C'est un débat plus actuel que jamais : non pas d'envoyer les enfants à l'école, mais de savoir quelle est la définition de l'universalité légitime de la culture, donc quels types de rapports autonomes peut-on se créer avant et autour de la question scolaire.

Ainsi l'Etat sort gagnant d'une série de guerres scolaires dans sa définition propre de l'école républicaine, école républicaine qui va elle-même contribuer à autonomiser la définition de la culture à travers ce qu'est la culture scolaire: vous voyez là le lien, qui n'est pas du tout mécanique (et sur ce point les analyses marxistes et notamment althussériennes étaient un peu faibles) de type superstructure/infrastructure mais il s'agit d'un rapport dialectique entre système d'acteurs d'un côté et champ de l'autre, ce que j'ai appelé le compromis démocratique d'un côté, et le mode de développement de l'autre.

Chacun de ces concept tente de cerner les articulations entre.

Le mode de développement d'une société selon ma définition c'est la façon dont s'articulent des champs relativement distincts. En l'occurrence, en ce qui concerne le mode de développement industriel, des champs fortement autonomisés les uns par rapports aux autres et des systèmes d'acteurs relativement autonomisés les uns par rapport aux autres : Marché, Etat Société Civile.

 

Voilà donc ce premier déplacement de la culture dans le procès d'industrialisation et de démocratisation : il en ressort l'idée d'une culture "zone réservée" : c'est le sens de l'architecture scolaire confiée à des curés ou à des prophètes laïcs ou encore, pour certaines définitions de la culture, confiée aux femmes. Mais ce qui est clair, c'est que la culture est mise hors jeu de la grande tension constitutive de notre société entre la socio-économie et le politique. Comme le disait Lamartine :"A quoi bon avoir le droit de vote si on a pas de pain!". La culture est mise à l'abris de ce conflit dans un espace prétendument neutralisé, universalisé qui est celui de la culture scolaire, elle-même proche de la culture savante et de la culture humaniste. Dans ce contexte, évidemment, la notion de culture populaire est relativement trivialisée, folklorisée quant à son autonomie pure et simple.

 

En conclusion de cette première partie sur le mouvement d'autonomisation,

d'une part l'économie se met en développement contre la culture par

expropriation des capacités culturelles des travailleurs et par localisation de

la production et de la reproduction culturelle à l'extérieur des lieux de production, dans les écoles : les écoles d'usines d'abord et les écoles publiques ensuite.

Il faut dire que dans de nombreux endroits, les patrons ont été des précurseurs de l'école publique, dans une définition quelque peu intéressée et

instrumentale de l'école, mais précurseurs de cette première déchirure entre

l'atelier et le sens. (Aujourd'hui encore, le fait que nous ne pouvons nous

empêcher de ramener des pays étrangers des objets étranges signale bien que nous entretenons des rapports clairement nostalgiques par rapport à des

sociétés où l'évidence entre économie et culture est plus grande: l'idée que le

ces objets expriment des rapports sociaux, alors que les objets que nous

habitons n'ont plus d'autre sens que fonctionnels - cette table ne nous émeut

pas: si un objet ne sert qu'à quelque chose, il ne nous appartient plus, nous

n'avons plus de relation humaine à travers cette table).

 

Ce qu'il ressort de tout cela c'est "la culture en morceaux" : la dissociation,

l'étrangeté, le cloisonnement progressif des définitions de la culture. Non

seulement nous avons toujours notre cercle olympique avec la culture

quasiment autonome, mais dans cette définition de la culture,

progressivement, les définitions de la culture se dissocient les une des autres:

ainsi la culture scientifique, technique, humaniste, artistique, populaire et de

masse, autant de cultures autonomes les unes par rapport aux autres...quasi

autonomes. Il ne faut pas oublier que l'autonomie est une des formes de

l'intelligence que nous avons de leurs relations, le quasi exprimant l'inverse :

nous savons bien qu'il existe des rapports de jalousie, de transfert,

d'identification de domination...entre ces différentes définitions de la culture

qui rétablissent certaines relations.

 

 1-2 DECOMPOSITION ET RECOMPOSITION DU COMPROMIS DEMOCRATIQUE

 

 Métamorphose des relations Etat, Marché, société civile

 

Cette présentation du processus d'autonomisation était une caricature et

devait donc ne pas être aussi lisse, devait accumuler les problèmes et les

contradictions. On regrette aujourd'hui les "30 glorieuses", "le pompidolisme triomphant", qui permettaient dans les négociations d'articuler de la

croissance économique et de l'apparent développement du bien être.

Ce compromis, qu'on appelle la social-démocratie, a accumulé les

contradictions dont l'une, fondamentale, est le fait qu'il ne pouvait s'opérer

qu'au prix de la mondialisation, c'est-à-dire au prix de la trans-nationalisation progressive du mode de production qui allait le mettre en contradiction lui-même, C'est le syndrome de la dette: la crise de la dette transnationale telle que nous la connaissons depuis 20 ans.

Il arrive un moment où un créancier ne peut plus exiger de son débiteur qu'il maigrisse parce qu'il risquerait de le tuer. A travers la mondialisation s'affirme l'interdépendance des modes de développement contradictoires et forts différents de sociétés fort éloignées, ce qui bouscule fortement les compromis d'ici.

 

Un autre type de contradictions, après la mondialisation, c'est ce que Robert Castel appelle la désafiliation : la perte de statut par rapport au père, la perte de·la capacité de se structurer un rapport à la loi, de produire de la loi. Nous connaissons très bien ce phénomène de la désafiliation autour du débat sur la sécurité sociale par exemple. Nous savons tous que la sécurité sociale est une production historique de rapports sociaux solidaires, essentiellement structurés dans le mouvement ouvrier, et pourtant, lorsque nous regardons notre fiche de paye, nous ne nous réjouissons pas de l'accentuation de l'écart entre le brut et le net, nous gémissons : cela s'appelle la désafiliation.

Cela veut dire que nous nous plaignons d'une mécanique de solidarité produite par nos pères et grands parents et dont pourtant, conceptuellement et moralement nous partageons les valeurs. La solidarité que nous avons créée nous-mêmes, nous ne parvenons plus à l'acquitter comme projet.

 

Troisième contradiction : la marchandisation. C'est la nécessité d'ouvrir toujours de nouveaux marchés pour développer la croissance; contrairement à ce qu'on croit, la croissance ne se fait par accumulation des mêmes marchandises mais par transformation de l'ensemble des choses possible en marchandises. Après avoir produit des rails de chemin-de fer, des routes et des machines, première époque du capitalisme, après avoir produit des stylos, des voitures et des H.L.M., deuxième époque du capitalisme, on produit aujourd'hui des façons de croire et de voir le monde, troisième époque du capitalisme : le capitalisme culturel. Pour continuer l'accumulation, il faut produire des marchandises dans le dernier champ non couvert par la marchandise, celui de la culture, donc des façons de voir et des façons de croire.

 

L'hypothèse d'une hégémonie des logiques marchandes

 

Les contradictions liées à la marchandisation sont les plus intéressantes pour ce qui concerne les mouvements d'éducation populaire en Europe.

Michel de Certeau pressentait (cf."la culture au pluriel"), dans les années 70, ce qu'il appelait la multi-location de la culture, c'est-à-dire ce qui se définit sur une multitude de lieux. C'est une rupture fondamentale par rapport au

compromis démocratique et par rapport au mode de développement : désormais, la culture est multi-située, multi-produite. Ce qui veut dire que le quasi monopole consenti à l'école moderne de transmettre le savoir légitime saute objectivement. Pas besoin de demander à Mr Longuet de privatiser l'école : c'est fait ! Nul besoin de passer par l'outil juridique.

Ainsi, la notion de culture légitime échappe désormais à toute autorité et les rapports de force sont ouverts pour ce qui est d'une nouvelle définition légitime de ce qu'est la culture ou une nouvelle représertation du monde.

 

A ce stade là, lorsque je parle de la culture-marchandise, je ne dis qu'une chose, c'est qu'elle est produite par le circuit marchand. Cela ne préjuge rien de la qualité ni en bien, ni en mal.

Ce qui est clair, c'est que la multi-location de la culture abolit, relativise les procédures d'autorité, les définitions légitimes de ce qu'est la culture et produit ce qu'on appelle en sociologie du travail la surqualification-déqualification.

L'école est très longtemps en retard sur la demande des entreprises en termes de certification scolaire, de compétences professionnelles requises.

Nous tous, si vieux que nous soyons, nous n'avons connu aucun problème "d'insertion" comme on dit tristement aujourd'hui, nous étions tout de suite "intégrés" (et donc très rapidement constestataires). Autour de 1968/1973 se situe ce qu'on appelle la crise du taylorisme, la crise de l'organisation dite scientifique du travail. C'est que nos sociétés connaissent depuis plus de 20 ans un grand écart entre le capital culturel de la population et ce qu'elle propose : tout ce qu'elle serait capable de faire si elle était vaguement libérée.

Tout ce qu'elle est capable de faire est très longtemps en dessous de ce qu'on l'autorise à faire.

On court derrière les diplômes, on entre dans l'entreprise et on réalise ses compétences : c'était le passé!

 

En 70, plus exactement depuis les premières révoltes dans l'industrie automobile dans les années 65, on entre dans un grand écart entre le capital culturel et la capacité socio-économique de l'utiliser. Ecart remarquable puisqu'il est donc l'inverse de ce que l'on connaissait avant.

Cet écart représente la contradiction la plus fabuleuse que nous puissions analyser. Il existe plusieurs façons de nommer cet écart : 3 millions et demie de chômeurs font partie de l'écart - on ne reconnaît plus à un certain nombre de gens la capacité de participer à la production de la société.

Deuxième façon de nommer l'écart : tout ceux qui ont du "travail en miettes". Avant, le travail était peut-être déqualifié mais le lien social entre ceux dont le travail était déqualifié n'était pas nul : c'est cela l'histoire ouvrière. Si on

ne peut se réaliser ou créer dans le travail industriel, on crée la classe ouvrière, on crée le syndicalisme, l'éducation populaire...

 

Troisième définition : déqualification/surqualification.

Puisque vous êtes excédentaire sur le marché du travail, ou bien vous exercez l'ensemble de vos compétences et on vous sous-paye, ou bien vous ne les utilisez pas et vous les perdez. L'ennui au travail est encore une des multiples Possibilités de définir cet écart entre la compétence culturelle globale de la population et la capacité socio-économique globale de la valoriser. Nous sommes donc dans une société où il y a trop de culture !

Cette notion s'inscrit en faux contre la fable patronale du manque de formation par exemple : c'est vrai que les gens manquent de formation, si l'on a que deux diplômes, en avoir trois, c'est mieux. Dans l'insertion on voit bien cette contradiction entre micro et macro-social : pour un individu, il est toujours vrai qu'en se formant plus il ira mieux. Au plan global c'est différent: en se formant plus, l'individu rentre dans le jeu des chaises musicales que l'on appelle désormais la transition professionnelle. Cette réalité au plan microsocial, "je me forme pour m'insérer", devient au plan macro-social, "si je m'insère, c'est pour désinsérer quelqu'un d'autre".

En Belgique, on appelle cela le syndrome du Heizel  en mémoire d'un abominable match de foot-ball. La sur-qualification/déqualification ce sont les batailles qui ont lieu dans les gradins supérieurs et qui provoquent un écrasement en bas. Métaphore intéressante car les gens qui se battent en haut ne savent pas ce qui se passe en bas.

 

L'inconnue de la democratie économique

 

b) La réimbrication économie et culture :

 

De la table de l'oncle Fernand à la table ici-présente, on en arrive à l'autonomisation extrême de la culture que signifie bien la construction des blocs de béton qu'on a appelés Maisons de la culture.

Ce dernier programme s'est essoufflé car, tant dans la sphère publique, dans la sphère marchande que dans la sphère privée, les contradictions accumulées plaidaient pour une réincorporation du processus de production, de diffusion et de consommation culturelles dans la vie sociale plutôt que de son institution séparée. Il n'est donc pas étonnant qu'il y eut un temps de l'animation culturelle qui fut le contre-temps des Maisons de la culture.

 

Du côté de l'économie c'est beaucoup plus sérieux, structurant: on assiste effectivement à une réimbrication économie-culture à tous les niveaux de la structure de production.

 

 

Pour faire face aux dysfonctionnement du taylorisme qui est lié au fait que gérer une pyramide avec des employés qui ont trop de culture est impossible, on a recours, en amont, à ce qu'on appelle les nouvelles technologies de l'information et de la communication, un appel à des qualifications plus hautes une prolongation quasi éternelle de la formation initiale complétée par la formation continue...

En France, c'est le crédit-formation individualisé, en Belgique une part de la masse salariale qui est négociée systématiquement au plan national quant à son affectation dans la formation comme moyen de production.

Ce qui est produit (- ensemble des techniques de sondage, de marketing, de management culturel... des entreprises -), une médiation culturelle, incorpore du sens et tend à devenir un service. Exemple : la tertialisation de l'économie. Lorsqu'on achète une pizza il est clair que toute la tradition italienne a été prise dans la glace, il y a de l'incorporation culturelle dans la marchandise.

Les micro-processeurs dans l'ensemble de l'équipement domestique sont un autre signe. Les marchandises culturelles deviennent des potentiels de service : lorsqu'on achète un magnétoscope on achète pas seulement un objet, on achète un potentiel de services qu'on appelle le "paradoxe du self-service" puisque c'est un service que nous devrons nous rendre à nous-mêmes (de même pour l'armoire en mille morceaux, etc..).

Ce paradoxe du self-service importe dans la vie quotidienne de chacun des schémas de production pensés ailleurs; le magnétoscope n'est qu'une métaphore mais à force d'en accumuler, cela devient crédible : cette tertialisation, c'està-dire cette incorporation en amont, pendant et en aval du système de production de la culture.

 

 

1-3 AMBIVALENCE DE LA TRANSITION SOCIALE :

Culture marchande ou démocratie culturelle ?

 

Cette réincorporation économie et culture est ambivalente. La tertialisation est duale : chaque fois qu'il y a accentuation de l'incorporation de culture cela se fait au prix d'une rupture sociale au sein du monde du travail concerné.

Prenons une petite unité de recherche : il y a un chef, 2 directeurs de projet, une série de chercheurs et du personnel administratif . Cette entreprise est soumise, comme les autres à une invasion de nouvelles technologies. Dans une entreprise comme celle-là, un ordinateur "change le monde" parce qu"une partie des fonctions administratives, dite d"exécution" est désormais incorporée à la machine et incorporée dans du travail qualifié.

 

Se pose à ce moment-là un choix tout à fait nouveau : soit les chercheurs absorbent une part des compétences de ces personnes et elles se disqualifient, soit elles sont exclues. Mais en fait les chercheurs qui s'informatisent font ainsi des gains de productivité contre eux-mêmes : il y a donc un déséquilibre entre la surcharge des uns et la décharge des autres.

 

Ce qui peut se passer d'autre c'est qu'une part des qualifications peut être échangées : si le chercheur est amené à taper ce qu'il écrit, la secrétaire pourrait être amenée à participer au processus de production de la réflexion en créant par exemple un département de recherche active et critique de documents scientifiques. Pourquoi cela ne se fait-il pas ? Parce que l'échange de qualifications suppose un échange symbolique sur la question du pouvoir.

Un chercheur n'a pas d'horaire mais a des obligations de résultats, l'administratif a des heures mais n'a que des obligations de moyens : à partir du moment où on entre dans un processus d'échange, on devient co-solidaires des résultats et des moyens, autrement dit, cela signifie pour les uns de monter sur l'estrade et pour les autres d'en descendre et de passer outre la division sexuelle du pouvoir qui est dominant dans la plupart des entreprises.

Pour vaincre les résistances liées aux positions de chacun dans la pyramide il faut probablement un renouveau de l'éducation populaire qu'on attend vivement ! Il faut renouveler la conception pratique de ce qu'est un mouvement syndical, un rassemblement du monde du travail.

Il n'y a aucune fatalité à ce qu'on appelle la modernisation et donc un potentiel de développement énorme, tout aussi ouvert à une hypothèse marchande de type totalitaire qu'à une hypothèse de type démocratique .

 

Quand on est ainsi dans une position ambivalente, il reste la question de l'acteur : si l'on n'attend plus de prophétie sur ce que va devenir l'univers, seule reste la question de ce que vont faire les gens.

 

Ainsi la culture au sens générique du mot est devenue l'enjeu et le conflit central de notre société en ce sens que l'orientation qu'on peut donner à ce conflit serait décisive à la fois de l'évolution du mode de développement et de l'évolution du compromis démocratique.

Ce n'est pas une mécanique qui peut nous faire échapper au scénario marchand, ce sont des formes d'actions collectives.

S'il y a deux scénarios, un scénario marchand qui est évident et un scénario démocratique, moins évident mais tout aussi possible, la différence entre les deux c'est le poids de l'action collective. La démocratie n'a jamais avancé par simple mécanique pour une raison essentielle : dans sa définition même elle implique la délibération.

 

 

11- DEVELOPPEMENT CULTUREL & CREATION ARTISTIQUE

 

2-1 L'épuisement des formes générales de la division du travail : déplacements de la création vers des "opérations culturelles"

 

Rôle de l'éducation populaire dans l'action culturelle et artistique.

 

1 - Débat autonomie/hétéronomie

 

Au plus profond de l'éducation populaire, au 19' siècle et parfois encore aujourd'hui, se pose la question du modèle culturel sur lequel on travaille.

Va-t-on créer un modèle culturel propre au groupe social avec lequel on travaille ou va-t-on oeuvrer au rapprochement avec un modèle dominant: c'était tout le débat sur démocratisation de la culture ou démocratie culturel. Très vif au début des années 60, il s'est à peu près éteint depuis 73-75, c'est-à-dire depuis que la question de l'emploi a conduit les uns et les autres à un repli sur une définition économiciste de notre société.

 

Trois exemples de ce débat :

1) Faut-il oui ou non revendiquer le suffrage universel ? Question que les révolutionnaires du siècle dernier se sont posée.

2) Faut-il envoyer nos enfants dans l'école bourgeoise ou faut-il créer l'école du peuple (Célestin Freinet par exemple)?.

3)Faut-il conquérir les savoirs divisés et hiérarchisés comme ils le sont dans l'université, ou faut-il créer l'université ouverte des travailleurs ? Il n'existe aucun exemple d'université ouverte aux travailleurs dans le monde à part quelques esquisses en Angleterre un peu au Danemark dans les hautes écoles populaires et en Belgique, une petite faculté ouverte qui a été créée par la fondation dans laquelle je travaille.

 

Si, dans l'histoire, les courants autonomes se sont découverts hétéronomes, cela veut dire que, mis à part un certain type de mystique révolutionnaire entretenue par les communistes, la culture n'était plus un enjeu de conflit central dans notre société, y compris pour les mouvements d'éducation populaire. Il s'agissait bien d'accéder, d'acquérir, de partager, bref de

démocratiser la culture dans sa définition dominante, beaucoup plus que de continuer à exploiter les sources de ces même mouvements qui étaient celles des différents pôles d'expression populaire.

 

2) Débat pédagogie/formation d'un côté ou éducation/expression de l'autre.

Là encore, très longtemps les traditions de l'éducation populaire ont penché du côté de l'éducation/expression, c'est-à-dire du côté des différentes méthodes permettant de conduire à l'expression une série d'expériences fondamentales des mondes populaires.

Cette tradition s'est très souvent reconvertie dans des modèles qui relèvent de la pédagogie et de la formation, d'un rapport beaucoup plus instrumental à la culture que des rapports d'expression.

 

3) Débat sur instrumentation/ réparation ou anticipation

Notez que chaque débat cumule les précédents.

L'instrumentation c'est une définition supposée utile au travailleur manuel, la réparation est une des modalité de cette utilité (il faut réparer les difficultés d'intégration que l'on appelle mollement insertion).

 

Cette approche-là de la socio-économie par les mouvements d'éducation populaire est probablement ce qui leur a causé le plus de torts. Sous prétexte de prendre à bras le corps les questions tout à fait cruelles et cruciales de l'intégration sociale et économique de fractions de plus en plus larges du mouvement populaire, la capacité d'anticipation de la médiation culturelle et plus encore de la médiation artistique ont fortement reculé ces 20 dernières années.

 

4) Débat sur l'agencement des relations pouvoirs publics/pouvoirs privés et, ou, logiques marchandes/logiques non marchandes.

Une des grandes traditions de l'éducation populaire était son indépendance économique. Cette tradition de l'articulation de l'action culturelle sur des fonds sociaux ou des capacités autonomes d'accumulation économique est très largement perdue depuis longtemps. C'est ainsi qu' est apparue ce qu'on appelle la subsidologie.

 

Enfin, s' il était évident que les procédures et les méthodes de l'éducation populaire se situaient clairement sous une définition non marchande de l'accès à la culture et à la création artistique, cela reste moins vrai aujourd'hui.

 

2-2 L'épuisement des formes particulières de la division technique du travail humain : déplacement de l'exercice des qualifications vers des "opérations culturelles"

 

Les orientations de l'éducation populaire .

 

3 systèmes d'acteurs dans la société civile: les fédérations d'éducation populaire, l'espace public et le tout puissant marché.

Dans l'évolution de ce schéma, ce qui est frappant c'est la disparition des frontières . Dans la lecture que l'on peut faire aujourd'hui des jeux des systèmes d'acteurs, la frontière marché/espaces publics est extrêmement ténue (des autobus circulent maquillés en boîtes de conserves et plus personne n'attend rien à priori du statut public d'une entreprise). Le statut de la propriété n'en porte plus le sens : le marché est présent dans la vie publique comme dans la vie privée.

 

Une autre vision des choses est de reconnaître que les pouvoirs publics euxmêmes se sont diffusés : l'Etat n'est plus régalien (il n'exerce plus son autorité à partir d'une position supposée supérieure), il est inséré (selon Delorme) comme le marché est omniprésent.

 

Sous le troisième angle, celui qui nous préoccupe, notre société ne peut plus accréditer un projet autonome car l'histoire nous a appris la lai'cité (chaque individu est responsable du monde). Mais l'adhésion implicite au projet culturel du capitalisme a aussi vécu. Si on imagine qu'un thème qui ressemble à la médiation sociale èt artistique est proposé à l'étude et au débat dans les fédérations populaires, c'est bien parce qu'en même temps que le projet autonome est passé du côté des mythes, l'adhésion au projet de l'autre est elle aussi impraticable. Il ne reste que l'auto-hétéronomie.

 

 

La transformation culturelle, ou plus exactement l'opération culturelle comme le dit Michel de Certeau, devient le maître mot : il faut réunir des moyens d'action qui subvertissent la distinction entre production et consommation.

L'idée de médiation culturelle est encore une idée de l'autre monde car médiation voudrait ou pourrait faire accroire qu'il existe un pont entre deux îles. Si la médiation est l'opération qui subvertit l'idée qu'il y ait production et consommation d'un côté, on fait de la médiation, c'est-à-dire du marketing, et c'est tragique. Donc le problème des fédérations populaires est d'entrer dans l'idée et la pratique de l'opération culturelle.

Exemple : l'école aujourd'hui. Elle a gagné un pouvoir immense mais a perdu toute son autorité parce qu'elle nous a fait croire longtemps qu'elle pouvait

être le lieu d'une définition de la culture alors que celle-ci est au pluriel. Nous sommes donc aujourd'hui devant l'impératif de réinstitutionnaliser massivement l'école, c'est-à-dire que les agents scolaires deviennent acteurs.

Pour qu'ils le deviennent, que les élèves et, le plus dur, que les parents le deviennent (citoyens) il faut faire de l'opération culturelle. Il faut opérer une médiation avec ces systèmes d'acteurs là, de façon à ce que chacun entre dans une approche contradictoire ( donc démocratique) de ce que pourrait être l'école. Non pas une école pour la démocratie après-demain mais une école de la démocratie tout de suite.

 

 

2-3 La culture comme élucidation du lien social urbain : décroisements internes, décroisements externes

 

 

Ainsi, pour entamer ce travail, il est bien probable que nous ne puissions avoir comme seul recours la médiation artistique qui autorise la médiation culturelle. En effet, elle est la seule a pouvoir conjurer l'angoisse du sens qui s'évade. La laïcité est radicale (chacun est responsable du monde, est traversé par les contradictions du monde) : on ne peut vivre avec, sauf à donner sens à ce non-sens. Or, donner sens c'est exprimer la faille: c'est, je crois, la définition de l'art.

Ainsi, la médiation artistique est probablement le moyen de la médiation culturelle et la médiation culturelle le moyen de la médiation démocratique.

 

 

DEBAT

 

Marcel Deltel : "On ne peut pas parler que de la médiation, il y a aussi le rôle du médiateur. Il y a la dimension subjective de ces contradictions. Le terme de diffuseur culturel par exemple est un terme que je déteste car nous ne sommes pas que cela. Que sommes-nous ? Je me définis souvent comme travailleur social, ça a pour moi plus de sens, pour faire référence à cette notion d'éducation populaire. Ce n'est pas seulement de la mission, du militantisme, il y a aussi une dimension personnelle. Il faut redonner du sens à notre action.

Il ne s'agit pas seulement d'être bon gestionnaire, bon animateur, il faut réhabiliter la passion, la folie."

 

Patrick Boutigny : "11 est vrai que je me rend compte que je suis plus un diffuseur culturel qu'un médiateur et c'est peut être parce qu'on fait trop l'impasse sur la médiation artistique. J'aimerais qu'on approfondisse le débat sur ce dernier point : médiation artistique, médiation culturelle, médiation démocratique. Je me définit plus comrne médiateur culturel qu'acteur social, mais fondamentalement est-ce que je ne fais pas autre chose que de l'épicerie, même si elle est fine?"

 

Luc Carton : " Juste un exemple à partir du développement urbain, ou d'une ZEP.

Qu'est-ce qu'un quartier "sensible" -contrairement à ce qu'on pourrait penser = plein de sens - ? Comment voulez-vous construire une politique qui affirme déjà la négativité des sujets auxquels elle s'adresse? Donner plus à ceux qui ont moins signifie aujourd'hui donner plus à ceux qui sont moins! Comment imaginer démarrer du développement urbain, démarrer un remodelage de l'offre scolaire si on commence par définir les gens concernés en creux, en manque?

Pour moi, le point de départ d'une ZEP est de faire éclater le monopole des formes d'excellence proposées par l'école (on sait qu'elles sont scientifiques et littéraires) et d'y faire entrer la seule forme d'excellence qui ne soit pas discriminatoire d'un point de vue social et qui est la forme d'excellence artistique. Elle est la seule aussi qui puisse déstabiliser les schémas fonctionnalistes dans lesquels se sont enlisés les enseignants, qui puisse subvertir aussi l'image négative que l'on a de soi-même. La merveilleuse étude de Roland Barthes sur la photo montre bien qu'on ne peut pas se développer si l'on a déjà une image négative de soi-même. Pour qu'il y ait une opération photographique, il faut qu'il y ait un positif et celui-ci peut être donné par la médiation artistique qui est alors le point d'enclenchement d'une médiation plus large et peut se prolonger par toute une série d'outils de découverte et d'analyse du monde.

 

Evelyne Menou :"Je crois qu'il est effectivement essentiel de travailler sur le changement de statut, sur la valorisation de la personne.

 

Luc Carton :"11 faut prendre garde à ne pas instrumentaliser la notion de médiation artistique parce qu'elle est beaucoup plus que cela. A. Gatti le dit bien : sa pratique n'est pas une thérapie artistique dans le social en morceaux mais c'est par l'image que ces 1 8 acteurs donnent au monde, et donc le statut de l'oeuvre, beaucoup plus puissante exponentiellement que les 1 8 personnes auxquelles cette expérience a effectivement beaucoup apporté pour changer de statut. Ainsi, la médiation artistique est opératoire à deux niveaux : celui de la création pour ceux qui sont impliqués dedans mais aussi pour changer l'image du monde. Les quartiers sensibles ne sont pas des lieux de production de problèmes, ce sont les autres quartiers qui sont problématiques Un certain nombre de hauts fonctionnaires se sont rendu compte qu'à force de désigner les quartiers sensibles, ils finissaient par devenir effectivement très sensibles; ils se sont donc mis à parler de développement urbain pour restituer la dialectique sociale entre le centre qui exclu et la périphérie qui est exclue.

 

Evelyne Menou :"Je crois effectivement que notre travail c'est de changer aussi le regard des institutions, de l'école : c'est un travail aussi important que le quotidien vécu avec un certain public. On s'aperçoit en effet que souvent, le statut d'une personne change quand le regard de l'autre sur lui est changé. Il faut aussi travailler sur le regard de l'artiste, c'est un travail global qui nous incombe.

 

Jean-Noël Matrey :"Mais peut-on arriver à cela sans l'appui du politique? On fait un travail micro, là où on est: peut-on penser que les effets de ce travail deviennent macro, fassent tache d'huile? On se nourrit tous de l'utopie mais il serait important de pouvoir la vérifier de temps en temps

 

Evelyne Menou :"Ce mot de mouvement d'éducation populaire veut bien dire qu'on travaille sur les deux : le micro et le macro. C'est le va- et -vient qui permet de changer.

 

Luc Carton :"11 me semble que vous avez fait une expérience probante, de 81 à 93, de la désacralisation du politique. Vous étiez un des derniers pays religieux et il vous en reste une perplexité laïque. Vous connaissez enfin la crise du politique. Certains d'entre vous ont pu croire que le politique pouvait effectuer des transformations relativement structurées de la société. Il en ressort la nécessité d'avoir une approche la'ique du politique c'est-à-dire de considérer que le politique est rétro-actif avec ce qu'on appelle l'opinion publique (les représentations culturelles) c'est-à-dire la façon dont, dans la société civile, s'agencent ou pas la fabrication de ces représentations culturelles. On retombe sur un problème qui est bien en amont du politique et il y deux façons de le voir. L'une , mauvaise, consiste à dire "comme le politique est illégitime, il faut passer au direct" : ce sont les boutiquiers de l'extrême droite. La démocratie est forcément médiation donc indirecte.

Le problème est d'accepter que la démocratie doit se redéployer beaucoup plus loin dans les pratiques culturelles.

Il était un temps où l'on pensait que les choses étaient devenues suffisamment compliquées pour nécessiter un conseil municipal. Aujourd'hui, l'école est à son tour une organisation à instituer et elle ne peut plus s'appuyer sur sa définition centralisatrice pour avoir de l'autorité. Donc, pour le meilleur ou pour le pire, tous les agents scolaires sont en train de devenir acteurs. C'est pourquoi, partout, on parle de projets d'établissement par simple vacuité d'une politique centralisée qui ne peut plus désormais exister, sauf comme organisation d'émancipation. c'est là qu'il y a ce qu'on appelle des points de passage entre le micro et le macro.

 

 

Si vous vous adonnez à faire tourner des gens dans l'insertion, : vous aurez fait tourner les gens sur les chaises musicales ça peut durer longtemps, et là vous accumulerez des pratiques micro dans un grand désordre macro, ce qui est plaisant pour les gens qu'on voit autour de soi, mais si on regarde le syndrôme du Heizel un peu plus loin, c'est décourageant. La façon de traiter cette contradiction, c'est de chercher le mezzo : les points d'inflexion c'est à dire un dérangemenV réarrangement de la négociation et des conflits .

 

De plus, souvent, on remarque que les jeunes n'ont pas envie de ce travail qu'on s'est acharné à leur trouver. Aujourd'hui on développe des recherches à un niveau international sur les insertions réussies : on a fait de la remise à niveau puis de la mobilisation psycho-sociologique puis la négociation des contrats d'alternance avec des patrons, on a donné au jeune un accompagnement social dans sa famille, le tout dans un D.S.Q., avec une ZEP par dessus et un crédit formation. Or, après 3 ans d'intégration au travail, ce jeune s'en va! Quelles raisons y a-t-il ? Il s'agit de désafiliation : pourquoi accepter un travail qui n'a pas de sens ? Nos ancêtres ont pu l'accepter car ils espéraient monter ou que leurs enfants pourraient monter : on acceptait le purgatoire en attendant le paradis. Maintenant, en situation de laïcisation et de déception , quel sens cela a-t-il de proposer de l'insertion ? Il n'y en a pas et il faut donc rechercher les voies de l'intégration critique .

 

Il a été avancé un nouveau concept : celui de la nouvelle qualification. Schwartz concevait que le problème n'était pas l'emploi mais le travail. Il ne s'agit pas d'un problème de partage d'emploi, mais d'un problème de redistribution du pouvoir au sens symbolique du terme. Arrêtons de nous faire croire que ce sont les ta'iwanais qui sont moins chers, il est vrai qu'il existe des problèmes de régulation du commerce mondial mais ce n'est pas ça qui explique la situation sociale en France ou en Belgique. Il y a des corrélations sociales et culturelles à la destruction sociale.

 

Donc, ce qui peut faire passer une conception passive de l'insertion, qui nous laissera perplexes entre micro et macro à une conception active de l'intégration critique, c'est d'ouvrir le conflit autrement : le problème n'est pas de transformer les jeunes pour qu'ils entrent dans l'entreprise, c'est de transformer la relation possible de ces jeunes à l'entreprise et de l'entreprise à ces jeunes, donc de transformer les rapports de travail.

Si cette intuition s'est dégradée, c'est qu'elle est très exigeante d'un point de vue méthodologique, qu'elle implique des négociations de très haute qualité entre syndicats, patronat, maîtrise, formateurs et enseignants, que cela est lourd et relativement cher et n'est absolument pas payant en termes électoraux : la logique d'une politique électorale consiste à distribuer 300.000 contrats de

formation individualisée en 6 mois ce qui est tout autre chose. Cela montre que le civil doit être beaucoup plus patient et réapprendre au politique son métier.

La question de refonder la démocratie aujourd'hui ne se fait pas en politique.

Cela se fera vers le politique. Le politique n'agit que comme un champ de forces qui est animé de l'extérieur. Si nous invitons ici Michel Rocard, Simone Weil et quelques autres, ils vont probablement identifier que les problèmes ne sont plus manipulables au plan politique parce que l'opinion publique est trop complexe a travailler. S'il n'y a pas du travail culturel qui se fait dans la société civile, le politique est complètement coincé.

 

Patrick Boutigny:" Je crois en effet que ce qui nous manque le plus dans nos pratiques, c'est le manque du temps de la réflexion -et ce stage me renvoie cela- sur notre travail justement. Un temps comme cette semaine répare un peu cela.

 

Marcel Deltel :"Je n'accepte pas l'excuse du temps. Il me semble aussi que nous manquons d'outils conceptuels et que ces outils soient partagés. Ici, on aborde un nouveau chantier conceptuel mais je ne suis pas sûr que, de retour sur le terrain, nous puissions le partager. Parler de médiation c'est peut-être multiplier ces occasions d'amplifier la réflexion autour de ces nouveaux outils conceptuels.

 

Catherine :"Et si l'on prend un exemple concret, puisqu'une des question du stage est de s'interroger sur les rapports entre les structures culturelles dans une ville, les fédérations d'éducation populaire, les travailleurs sociaux etc...tous ceux qui peuvent construire un projet culturel dans un endroit déterminé, une des choses applicables rapidement il me semble, c'est de se demander maintenant à chaque fois de quelle façon on négocie la place du sujet, la place de chacun : si on prenait le temps d'examiner comment on enclenche un projet à plusieurs et de quelle façon on plaque des conceptions sur d'autres, de quelle façon on fait des autres des objets et non pas des sujets, si déjà on commençait par là pour savoir ce qu'on y investit et comment ça pourrait mieux marcher, déjà avec nos partenaires et ensuite avec les publics , c'est quelque chose .de l'ordre du micro qui pourrait devenir macro et ça n'est pas si compliqué que ça puisque c'est notre travail de concevoir des projets.

 

Marcel Deltel : "Oui, c'est important mais pas suffisant. Le meilleur moyen d'avancer c'est l'expérimentation pratique. Bien sûr certains s'épuisent depuis des années en agissant dans le local et ce qui manque aujourd'hui ce sont bien des perspectives d'ensemble, une recomposition d'ensemble. Il ne s'agit pas de trouver des recettes mais de faire le point sur où nous en sommes et comment tirer les grandes leçons de cette recomposition nécessaire.

 

 

Bruguière :"Dans tous les projets que j'ai connu jusqu'à maintenant il y a effectivement le manque de partage des grands objectifs communs pour faire avancer les différents protagonistes dans la voie d'être acteurs et non pas objets. Mais de mon point de vue, avec les partenaires avec lesquels je travaille, j'ai le sentiment que toujours je suis obligé de faire ce travail un peu clandestinement. C'est-à-dire que j'adhère, un peu lâchement, à des grands principes généraux avancés par tout le monde parce que c'est le sens de l'histoire, ce qui me permet d'être aux bons endroits avec les bons partenaires, d'avoir de petits restes d'argent public sur ce type d'opérations.

Mais je suis très conscient que j'ai un combat particulier à mener à l'·ntérieur de ça et que je fais donc un peu autre chose, ce travail microscopique de médiation. Je ne dis plus, franchement, au fond tout ce que j'ai envie de faire et comment je le fais parce que j'ai l'impression que ça n'est pas entendu.

Concrètement, quand je reçois 1 500 jeunes sur le Festival d'Avignon je ne dis pas tout : je fais un travail de fond, microscopique auprès de ces jeunes, je les pique d'une certaine manière au théâtre mais je me sens obligé de passer sur le débat de fond.

 

Marc Bourreau :"Oui, nous avons dérapé mais on est en train de nous dire à nouveau, finalement, la M.J.C. va changer le monde, il faut simplement renouveler un peu les pratiques, on nous présente comme exemple Gatti qui n'est pas neuf non plus et en plus , on est un peu masochistes parce que le théâtre, justement c'est un des secteurs sous oxygène (tenu par les Assedic, les collectivités territoriales, etc...) et comme par hasard c'est une forme d'art qui ne passe pas dans les médias et en particulier à la télévision. Si on reprend donc le problème de cette façon là en pensant à la transformation sociale, il nous faudra être bougrement patients. Parce qu'on passe complètement à côté de la présence dans les grands médias qui est une action bougrement efficace.

J'ai l'impression qu'on revient à notre point de départ pour ceux d'entre nous qui sont rentrés dans l'éducation populaire depuis les années 70. Cela me fait un peu peur.

 

Luc Carton : "Si j'ai parlé de Gatti, c'est à titre métaphorique. J'ai par contre donné comme exemple l'école et ce n'est pas un hasard : je crois qu'il y a infiniment plus de puissance politique à s'attaquer à l'école que de s'attaquer aux médias. L'école est extrêmement vulnérable, elle est précisément en voie de ce que j'appellerai "d'appropriation marchande". La désagrégation du modèle de l'éducation nationale est en train de créer la possibilité d'un modèle marchand c'est-à-dire d'un déploiement de chaque école sur des segments du marché socio-politique. Il y donc là pour l'éducation populaire un enjeu absolument fabuleux sur lequel personne ne se positionne. J'ai cité l'insertion et le jeu de chaises musicales qui se fait. Il y a l'affaire du travail telle que Schwartz la définissait, la question de la qualification : cet enjeux là est de reconstruire des mouvements syndicaux. Même en Belgique où nous avons 70% de syndiqués, alors que chez vous il en reste 7, je suis obligé de proposer ce type d'analyse : il faut donc là aussi passer par de l'action culturelle pour reconstruire le mouvement syndical, c'est à dire passer par la délibération des travailleurs sur les enjeux du travail et des rapports entre travail et société.

Prenons un autre exemple qui est celui du développement rural ou du développement urbain : la France est en transe sur une histoire absolument ridicule à l'occasion du GATT, et si je dis ridicule c'est qu'il s'agit d'une tromperie évidente : l'affaire du GATT n'est en rien le levier de destruction de nos campagnes . C'est la politique agricole commune et la politique agricole française qui l'ont construit depuis un demi siècle, tout le monde le sait.

Cela étant, il y a un travail d'éducation, d'expression et surtout de délibération à créer sur l'aménagement du territoire et sur le développement rural qui n'est pas, pour l'instant, pris à bras le corps par beaucoup de gens.

 

En développement urbain, on est devant le même type de plaisanterie parce qu'à force de s'acharner sur les quartiers sensibles, on a oublié de restructurer les centres villes pour les rendre accessibles .

 

Ainsi, les enjeux du développement rural et urbain, de la redéfinition du travail et de l'école -et on pourrait en explorer 13 autres- montrent bien qu'il ne s'agit pas de refaire un petit tour de carrousel sur le macramé.

 

En posant les jalons ainsi, j'étais bien conscient que je ne désignais pas nécessairement un grand capital de pratiques acquises dans cette direction là.

Je crois que chez vous comme chez nous, l'éducation populaire a été largement instituée et plus instituante, qu'elle a été largement instrumentalisée par des partis politiques et aussi aux fins de sa propre survie -la subsidologie n'a rien d'une tare, sauf quand elle entraîne un changement de pratique, d'objectifs de finalité et finalement un changement de nature. Mais je suis convaincu qu'il reste quelques éléments de survie de l'éducation populaire qui pourrait la conduire à sa redéfinition.

 

Franck Vandecasteel : Je voudrais parler des organismes d'éducation populaire autour des problèmes de formation et d'insertion : j'ai le sentiment qu'on travaille beaucoup plus sur la cohésion sociale que sur le reste. La raison pour laquelle on échoue en ce qui concerne les nouvelles qualifications c'est qu'on met en place des politiques auxquelles on ne croit pas : on est tellement obsédé par la cohésion sociale que cela devient du rachat et non une chance parallèle.

On demande aux jeunes de réussir sur un système qui nous a fait échouer. Même 23

 

si on fonctionne un peu en parallèle, la visée, le but est de rejoindre ce qui existe déjà. Au niveau de la diffusion culturelle, ce que je reproche aux organismes d'éducation populaire, c'est que, toujours par rapport à cette cohésion, on offre le rapp, le ra'i' ou des formes d'expression dites "culture banlieue" aujourd'hui, le sport, et cela me semble excessivement dangereux : il faut réagir là-dessus. Si nous savons saisir la balle de la nouvelle qualification qui permet de répondre à des attentes en formation d'alternance, les jeunes pourront travailler sur des postes qui leur répondent et retrouver une logique qui n'est plus l'emploi mais le travail. Actuellement nous sommes plus des éléments de cohésion sociale et c'est ce qui peut provoquer la mort de l'éducation populaire.

 

Jean-Claude Perrot :"Ce qui me paraît important, c'est le cycle réparationanticipation- transformation. Si pour moi la question n'est pas de savoir si je suis un diffuseur ou autre chose, par contre je commence à saisir au plus près ce que je ne veux plus être : un agent de réparation !Je ne veux pas participer à la reproduction des défaites. Or il me semble que toutes les politiques d'accompagnement qui ont été mises en place dans le domaine économique comme le domaine culturel d'ailleurs, sont des politiques qui visent simplement à reculer les échéances. S'il est un engagement qu'on peut avoir c'est bien une question de contenu et ce qui peut être fédérateur c'est la valeur de transformation du projet et pas sa valeur de réparation.

 

Luc Carton : "Effectivement, cette idée de sortir du syndrôme de la réparation me paraît tout à fait fondamentale parce que, culturellement, la réparation n'est plus praticable, il y a un manque de désir parce qu'elle ne promet rien d'autre que la reproduction d'un système.

 

J,C. Perrot : "Comment peut-on demander à une population d'avoir un acte volontaire quand il n'y a pas le choix ? En matière culturelle, une des premières choses à faire, c'est de réinstaurer des gammes de choix. A propos du rapp par exemple, j'ai sollicité J.F. Duroure mais la problématique proposée c'est celle de la danse et non celle du rapp : à partir d'une demande de base qui était le rapp, on parle surtout de la danse, il y a un travail à faire, un passage, autour de la demande et il y a cet objectif qui est d' élargir la demande, ce qui permet une progression des connaissances culturelles et, à partir de cette progression une ouverture des choix.

 

L.Carton :"C'est la même chose pour la lecture publique. Il y a 50 ans les mouvements d'éducation populaire pouvaient avoir pour objectif que tous accèdent au livre. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le problème, le problème, c'est la lecture : la capacité d'orienter, la capacité de choix, de délibération dans un océan de livres. On est passé du risque de l'ignorance au risque de la connaissance.

 

Evelyne Menou :"Pour aller plus loin , il faut réapprendre à lire, réapprendre le sens

 

L.Carton : "11 y a probablement autant de raisons aujourd'hui de comprendre qu'il faille être plusieurs pour écrire, étant donné la complexification croissante des problèmes, qu'il faille être plusieurs pour lire.

 

E.Menou :" Par rapport au partenariat : depuis quelques temps il y a une demande, des employeurs par exemple, qui se pose non pas sous les mêmes formes mais qui exprime le désir de travailler ensemble...il y a quelque chose à construire.

 

L.Carton :'Je suggère une méfiance par rapport au mot partenariat: c'est un mot très consensuel qui se prête à n'importe quoi. Si on parle d'action commune, cela autorise déjà une géométrie ou une géographie des conflits différentes."