L'inattendu du salaire
conférence au congrès de l'ANCE, Dijon, 14/06/2000, à
paraître dans Confluences
Appelons travail contraint le travail fait pour un employeur avec une idée de subordination, de compte à rendre à cet employeur, d’organisation décidée par autrui, et travail libre celui dans lequel j’ai le libre usage de mon temps, je n’ai pas de compte à rendre à un employeur : je suis en situation d’autonomie. La première situation, le travail contraint, supposant ou non une comptabilité du temps : vous avez des cadres qui ne comptent pas leur temps comme on dit, cela ne veut pas dire que leur travail n’est pas contraint.
Là où on attend le salaire c’est sur le travail contraint. On attend que le salaire soit la rémunération du travail contraint. Or la réalité est toute autre, le salaire reconnaît aussi le travail libre et c’est une nouveauté, un premier inattendu sur lequel je souhaiterais faire quelques réflexions.
Le salaire comme reconnaissance du travail libre, c’est le fait des retraités. Prenons un retraité qui n’est pas trop fatigué, âgé, malade, qui n’a pas non plus à se contenter de la pension de reversion d’une veuve, un retraité qui touche 80 % de son dernier salaire d’activité, ce qui est la moyenne des retraites pour des carrières pleines. Ce retraité exprime en général un bonheur qui diffuse par capillarité dans les familles. Il y a ainsi une expérience assez massive du bonheur de la retraite et ce bonheur du retraité tient précisément à ceci : il est payé ! Ce n’est pas un allocataire qui bénéficierait de la solidarité nationale au titre de je ne sais trop quelle démonstration de sa pauvreté, ce n’est pas non plus un rentier qui tirerait d’une propriété accumulée au cours de son existence une rente, c’est un salarié qui est payé, non pas par son ancien employeur, mais par les employeurs en général, à partir de la cotisation sociale.
Et il est payé à ne rien faire au sens strict du terme, c’est-à-dire payé à ne rien faire pour un employeur, il est payé pour travailler librement et le fait que le salaire paie le travail libre est tellement inattendu que nous le dénions massivement.
Les retraités sont par exemple tout à fait convaincus que leurs pensions sont la contrepartie de leur travail contraint passé. On ne peut pas imaginer que l’on soit payé à ne rien faire, et on va désigner la pension comme du "salaire différé". Salaire différé, si les mots ont un sens, ça veut dire que je n’ai pas consommé au cours de mon existence d’actif tout mon salaire, j’en diffère la consommation d’une partie au moment de ma retraite et ce que je touche pendant ma retraite c’est bien du salaire que je n’ai pas consommé quand j’étais actif, ma pension est la contrepartie de mon travail passé. Cela n’est évidemment pas le cas, la pension que touche un retraité est financée par les cotisations des actifs actuels.
Si nous sortions de cette dénégation contenue dans l’expression de “ salaire différé ” ?
Si nous sortions de cette dénégation, nous accepterions que nous ne sommes pas les vaincus de l’histoire mais que, au moins en Europe continentale deux siècles de lutte sur le salaire ont abouti non pas à un échec, mais à une grande victoire : le fait que les employeurs ne peuvent récupérer une partie de notre temps sous forme contrainte au cours de notre existence qu ‘à la condition de nous payer le reste de notre vie, sans condition. Si nous acceptions d’assumer cette conquête, peut-être que ça nous donnerait quelques idées ? Si on peut être pendant 5, 10, 15, 20, 40 ans payés pour travailler librement après 60 ans, pourquoi pas avant ?
Premièrement, s’il est légitime que des salariés soient payés pour travailler librement pendant plusieurs dizaines d’années de retraite, en tout cas c’est ce qu’on leur souhaite, quoi de plus légitime que les chômeurs conservent leur salaire pendant quelques années, quelques mois ? Un salaire continué jusqu’à la mort ne doit pas être interrompu entre deux emplois. Or nous en sommes pour le mieux à réclamer une “ hausse des minima sociaux ”. Alors qu'assumer la victoire de la retraite, c'est revendiquer le maintien de leur salaire aux chômeurs !
Deuxièmement, si nous assumions cette conquête qu’est la retraite pour ce qu’elle est, au lieu de la dénier comme salaire différé, nous revendiquerions sans autocensure une baisse considérable du temps de travail sans perte de salaire. Voyez comme les 35 heures ont été l’occasion d’une autocensure formidable ! Je connais des D.R.H. qui ont été ahuris de la facilité avec laquelle ils ont pu compenser par quelques journées supplémentaires par année des tas d’acquis sociaux antérieurs, sur le temps. Au nom de cette croyance répétée selon laquelle “ on ne va tout de même pas travailler moins et gagner autant, le salaire c’est pour le travail contraint ! ”.
Troisièmement, si nous assumions correctement cette victoire de la retraite, nous considérerions aussi comme tout à fait normal que les étudiants soient payés, c’est-à-dire qu'ils “ touchent du salaire ” : non pas forcément un salaire avec un contrat (il faut réserver ça aux actifs ayant un emploi), mais “ du salaire ” comme les retraités : ils n’ont pas un salaire avec un contrat de travail, mais ils touchent une pension qui est financée par une cotisation sociale versée par les employeurs à l’occasion des emplois, donc une part du salaire global (1.200 milliards de F. sur les 5.000 millards de salaires, soit un peu plus de 20 %).
Pour payer les étudiants il faudrait 300 milliards, va pour 300 milliards ! (je vous donnerai quelques chiffres tout à l’heure pour que vous voyez que 300 milliards, c'est tout à fait à notre portée). Non pas une allocation étudiants, quelque chose qui va encore retarder leur accès au salaire, comme les emplois jeunes, non : du salaire.
Première inattendu du salaire donc : le salaire peut aussi servir à payer le travail libre. Passons au second.
Ce qu’on
attend du salaire, c’est qu'il soit le prix de ma force de travail, ou de mon
capital humain, ça dépend dans quel univers intellectuel on se situe :
plutôt à droite ce serait capital humain, plutôt à gauche ce sera force de
travail, mais le raisonnement est le même. Je me pose comme titulaire d’une
petite propriété, j’ai mes bras pour vivre comme on dit et j’en récupère
l’équivalent dans un salaire, dans un échange sur un marché du travail. Ce qui
ne correspond pas du tout à la réalité : tout comme le thème du salaire différé
ne correspond pas du tout à la réalité de la retraite, de la même façon le
salaire comme prix de la force du travail ne correspond pas du tout à la
réalité des conventions collectives. Le second inattendu du salaire, c'est
son caractère essentiellement politique.
Si mon salaire total est de deux ou trois fois celui d'une femme de ménage, ce n’est pas parce que j’ai besoin de deux ou trois fois plus de chaussettes ou de voyages à l’étranger, ou de bouquins etc… et que pour reproduire ma force de travail il faudrait deux ou trois fois plus de salaire, allez le prouver ! ou bien parce que mon travail est deux ou trois fois plus productif : bien malin là encore qui pourra le montrer. Quels que soient donc les tombereaux d'encre qui ont pu couler pour justifier ce rapport de un à trois, la réalité est que je suis inscrit à un certain endroit de la grille des salaires en fonction d’une convention, comme on le dit très bien, une "convention collective". Et cette convention est politique, elle est délibérée régulièrement.
Vous voyez que là où l’on attendait le salaire dans l'univers du prix, du marché, de l’échange d'équivalents, avec des rapports de force qui viennent infléchir à la hausse ou la baisse le prix de marché, on se retrouve dans l'espace de la politique, avec de la délibération. Non pas dans l’univers de la contrepartie, dans lequel il n’y a pas de place pour la politique puisque l’idéal c’est que chacun récupère sa mise. Si le salaire est un prix, nous sommes dans l’ordre des choses : mon salaire est la contrepartie de mon travail et ton R.M.I. n'est la contrepartie de rien du tout. Or allez prouver que mon salaire direct est la contrepartie de mon travail ou a fortiori que mes 30 ans de retraite sont la contrepartie de mon travail, alors que tes huit mois ou tes trois ans de R.M.I. ne sont la contrepartie de rien du tout : c’est improuvable.
Du coup, la question du salaire comme droit politique se pose.
Vous ne trouvez pas (en tout cas c’est là où j’en suis après vingt ans de recherche, et vous allez me dire que c’est un peu bête d'avoir mis tant de temps pour en arriver là), vous ne trouvez pas préhistorique que lorsque l’on perd son emploi on perde son salaire ? Si le salaire est non pas la contrepartie d’une quantité mesurable qui serait la valeur de ma force de travail ou la valeur du produit de mon travail, mais le résultat d'une distribution politique en fonction de critères définis par la convention collective ou le statut, alors son universalisation est à l’ordre du jour, non pas en invoquant une utopie mais en assumant notre histoire ! Ici un peu de pathos ne sera pas de mauvais goût.
Pourquoi sommes-nous si moroses collectivement ? Parce que nous n’assumons pas notre histoire ! Quand on parle des trente glorieuses comme d'une espèce de merveilleuse parenthèse historique sur laquelle il faudrait tirer un trait, on fait mourir une seconde fois tous ceux qui à l'époque ont laissé leur peau dans la construction des droits du salaire que nous bradons actuellement dans une trouille collective invraisemblable !
Si nous assumons ce passé, allons au bout de ce que j’ai dit. Attribuons du salaire aux jeunes le jour de leurs 18 ans, une somme financée par les cotisations sociales, forfaitaire forcément parce que si elle était fonction des résultats scolaires imaginez les effets en amont sur le système éducatif. Ensuite, dès que le jeune entre dans le monde du travail contraint, il y a différenciation des salaires en fonction de la qualification. On entre donc dans la carrière salariale à 18 ans avec un salaire forfaitaire que l’on conserve pendant ses études et ensuite, au premier travail contraint venu, on se voit attribuer une qualification.
Cette qualification ce n’est pas un nouveau nom pour "force de travail", ce n’est pas une quantité mesurable qui m’appartiendrait, c’est un attribut politique. La qualification m’est attribuée politiquement et je peux participer aux délibérations qui en décident à travers les conventions collectives.
Et si je quitte mon emploi, par licenciement ou par démission, je ne perds pas mon salaire. Mon salaire est inaliénable ! C’est cette conquête qui doit suivre celle de la pension de retraite. Nous sommes en situation de payer la retraite pendant 30 ou 40 ans à des gens qui ont eu un emploi pendant 30 ou 40 ans. On continue à les payer la moitié de leur existence. Eh bien, passons à la seconde étape : je le répète, le salaire, continué jusqu'à la mort, ne doit pas être interrompu entre deux emplois.
Pourquoi est-il si important de passer à cette seconde étape dans le paiement du temps libre ? Parce que les gains de productivité du travail, qui sont en moyenne de 2% par an, sont tels que si nous ne les récupérons pas sous forme de salaire inaliénable quel que soit notre rapport à l’emploi, alors ils vont gonfler le capital. Et comme les salaires ne suivent pas, ce n’est pas l’investissement qui va permettre de mettre en valeur ce capital suraccumulé. C’est dans la sphère financière qu’il va falloir valoriser ces capitaux. L’inflation financière que nous connaissons depuis dix ans est à mettre en relation extrêmement stricte avec notre démission en matière de salaire.
Savez-vous qu'il y a vingt ans 70% de ce que notre travail contraint créait chaque année nous revenait, 70% du P.I.B. revenait aux travailleurs sous forme de salaires directs et de cotisations sociales et donc de prestations sociales ? Nous en sommes aujourd’hui à 60% tellement nous avons démissionné sur ce terrain.
Les 10% qui manquent à l’appel représentent 850 milliards de F. Si, au lieu de gonfler la bulle financière, comme ils le font aujourd'hui, ils étaient du salaire, on ne se poserait pas toutes les questions qu’on se pose sur les économies en matière de santé, on pourrait payer les étudiants, on pourrait conserver leur salaire direct aux chômeurs (il faut 200 milliards de plus que ce qu’on dépense actuellement en politique de l'emploi), et on ne serait pas encore à 850 milliards ! On pourrait être à 30 heures par semaine et non pas à 35 heures. Si nous n’avions pas baissé la garde sur les salaires nous en serions là : 30 heures par semaine, étudiants payés, chômeurs payés.
C’est cela se battre pour le salaire aujourd’hui ! Ce n’est pas une bagarre corporatiste sur le maintien des avantages acquis comme on veut nous le faire croire, c’est se battre pour que les gains de productivité du travail qui sont une bonne nouvelle ne se transforment pas en cauchemar. Le cauchemar de l’exclusion des uns et du stress des autres. C’est donc se battre pour la hausse des cotisations patronales afin qu'elles puissent financer tout le temps libéré par les gains de productivité du travail contraint.
Troisième
inattendu du salaire : les salariés ne sont pas en deçà du
patrimoine : ils sont au delà.
Le salarié est en général connoté négativement : c’est celui qui “ n’a que ” ses bras pour vivre. On dira que le salariat est enfant du prolétariat. Ce disant, on refait une histoire totalement absurde, car on ne trouvera pas les prolétaires si l’on fait la genèse du salariat : mais c’est un point d’histoire sur lequel je ne peux pas m’étendre.
Cette perception que nous avons du salaire comme un “ ne que ” nous empêche de voir un inattendu considérable du salaire, dont la bonne compréhension passe par un petit détour théorique. Il faut en effet poser plusieurs distinctions importantes, et d'abord entre propriété lucrative et propriété d’usage.
La propriété d’usage est le fait que je suis propriétaire de ma voiture, de ma maison etc.. Elle n'est pas en cause dans ce dont je vais parler. Mais je vais insister sur la propriété lucrative, qui est la propriété dont je n’use pas : par exemple la maison que je n’habite pas afin d’en tirer un revenu, le loyer. Sauf que l’immobilier n’est pas la forme majeure de la propriété lucrative aujourd’hui : c’est la propriété financière, le portefeuille de titres. Non pas le portefeuille individuel mais les participations dans les portefeuilles collectifs, les parts de SICAV, les fonds communs de placement.
Deuxième type de distinction importante à faire en préalable : la distinction entre l’épargne physique, l’épargne financière et la monnaie.
Pour qu’une société puisse se reproduire, il faut qu’elle fasse de l’épargne physique, qu’elle ne consomme pas sous forme de biens et services de consommation tout ce qui est produit dans l’année. Il faut qu’une partie soit investie dans des moyens de production. Actuellement en France sur 8.500 milliards de PIB, il y en a un peu plus de 1.000 qui sont investis productivement, ce qui est d'ailleurs peu. Cette épargne physique représente une valeur qui va être transmise d’une période à l’autre, c’est-à-dire que ce bâtiment ne disparaîtra pas dans les cinq minutes qui suivent, la valeur qu’il représente est transmise.
L’épargne financière, elle, est une épargne qui se présente sous forme de titres, des obligations, des actions pour prendre les plus connus.
Quant à la monnaie, il ne faut pas la confondre avec l’épargne financière : un titre ce n’est pas de la monnaie. La monnaie permet d’acheter, c’est un moyen de paiement. Un compte courant lié à un chéquier ou à une carte bleue, c’est de la monnaie. Les billets et les pièces aussi bien sûr. En revanche les titres ne sont pas de la monnaie, et quand on veut réaliser son épargne il faut les transformer en monnaie : soit en les vendant (dans ce cas là on récupère leur valeur sous forme de monnaie), soit en les plaçant (ce placement va donner lieu à un versement monétaire d’un dividende ou d’un intérêt).
La monnaie est volatile, elle exprime la valeur créée par le travail contraint de l’année et ne transmet pas sa valeur d’une période sur l’autre. Imaginez par exemple que vous financiez vos retraites en 2020 en mettant des billets dans une lessiveuse : essayez et attendez ce que cela donne. On ne peut jamais épargner de la monnaie : on épargne de la finance, c’est-à-dire que l’on convertit la monnaie en titres financiers et lorsqu'on veut utiliser cette épargne on fait l’opération inverse qui consiste à convertir les titres en monnaie. Mais si on ne vend pas ces titres ou si on ne les place pas pour en obtenir une rémunération ces titres ne servent à rien, ils n'ont de valeur que virtuelle, ils sont un droit à monnaie mais pas de la monnaie, ni de la valeur réelle.
Ces distinctions étant faites, quel est l’inattendu du salaire en tant qu’au-delà du patrimoine lucratif ?
Je reviens aux retraites. Lorsqu’on finance des retraites par du salaire comme je l’ai rappelé au premier point, ce sont les cotisations de l’année qui financent les retraites de l’année et c’est tout à fait normal parce qu’encore une fois la monnaie étant volatile c’est forcément la monnaie créée par le travail vivant de l’année qui peut financer les retraites de l’année. Et ce qui est vrai pour le salaire ou plus exactement ce que le salaire exprime clairement est vrai aussi d’un dispositif qui serait à base d’épargne financière.
On dit souvent que les retraites en répartition sont une traite que l’on tire sur la génération future sans lui demander son avis : par ses cotisations, une génération acquiert des droits qu’elle fera valoir auprès des générations suivantes qui n’en peuvent mais. Le système en répartition reposerait ainsi sur une injustice inter-générationnelle. Tandis que si une génération épargne elle va récupérer son épargne lorsqu’elle sera en retraite : l'injustice disparaît, chaque génération récupérant sa mise sans tirer de traite sur la génération future.
C’est là un sophisme complet qui repose sur la confusion entre monnaie et finance. Prenons le fonds Jospin dit de soutien à la répartition, les 1.000 milliards de F. de 2020 alimentés d'ici là par les concessions de téléphonie du troisième type, la privatisation des Caisses d’Epargne et puis 2 ou 3 % de contributions annuelles ne donnant pas lieu à prestation. Que va t-il se passer à propos des 1.000 milliards de 2020 ? Je vais devoir mobiliser tous les termes que je viens de définir.
Le fonds ne sera pas une lessiveuse ou un congélateur à tiroirs : en 2020, on tirerait le tiroir de 2010 et on y trouverait des billets qu'on prendrait pour payer les retraites : bien sûr que non. Les contributions fournies en 2010 seront converties en 2010 en titres financiers et nous aurons donc en 2020 un paquet de titres dont la valeur virtuelle sera de 1.000 milliards de francs. Ces 1.000 milliards de francs d’épargne financière, il faudra les convertir en monnaie parce que les retraités ne se contenteront pas qu’on leur distribue des titres : ils les ont déjà à titre de co-propriétaires du fond, il faudra leur fournir de la monnaie, du cash.
Première possibilité : vente des titres. Pour que ces titres deviennent 1.000 milliards de monnaie, encore faut-il que cette monnaie existe déjà. Ce ne sont pas ces titres qui vont la créer, il faut qu'elle soit détenue par les travailleurs actifs de 2020 qui achèteront pour 1.000 milliards de titres qui d’ailleurs assureront leur propre retraite. Ces 1.000 milliards de monnaie détenus par les travailleurs actifs de 2020 correspondent à une partie de la valeur qu’il auront crée en 2020. Mais s’ils peuvent payer 1.000 milliards pour acheter les titres, ils peuvent aussi payer 1.000 milliards de cotisations sociales. Et si comme on nous dit ils ne peuvent pas payer 1.000 milliards de cotisations sociales ils ne pourront pas non plus dépenser 1.000 milliards à acheter des titres, et les titres des retraités ne vaudront que 600, 800 ou 300 milliards : bref, leur valeur réelle sera limitée par la valeur créée au cours de l’année. En aucun cas l’épargne financière, à la différence de l’épargne physique, ne permet de transférer de la valeur d’une période à l’autre.
Deuxième possibilité : ces titres sont placés et là encore pour qu’ils donnent 1.000 milliards de rendement sous forme de dividendes ou d’intérêt, encore faut-il que les travailleurs des entreprises dans lesquelles sont placés les titres produisent une valeur supplémentaire de 1.000 milliards qui puisse leur être ponctionnée. Sinon ces titres ne vaudront rien du tout. Mais là encore, si ces travailleurs peuvent le faire, ils peuvent aussi payer 1.000 milliards de cotisations sociales.
Quel est l’inattendu du salaire ? C’est que le salaire exprime de façon évidente ce que nous refusons souvent de voir : il n’y a pas de bas de laine collectif. Le salaire nous fait faire assez simplement un travail de deuil sur notre rapport mortifère à l'avenir. "Il faut épargner en vue de l’avenir", dit-on. Sous forme financière, bien sûr que non. Encore une fois nous ne pouvons épargner en vue de l’avenir d’une façon positive que sous la forme physique d’instruments de production, une épargne indispensable qui d’ailleurs qui ne dure pas très longtemps : trois, quatre ou cinq ans, ensuite ce sont des modèles désuets qu’il faut remplacer par d’autres. Mais l'épargne financière, elle, qui ne peut en aucun cas transférer de la valeur d'aujourd'hui à demain, est rigoureusement inutile. A quoi sert-elle donc ? Elle sert à donner à ses propriétaires le droit de s’approprier de la monnaie créée par autrui.
Ce qui est le cas de tout système de retraite ! Tout retraité n'a de ressources que pour autant qu'il dispose d'un droit sur de la monnaie créée par autrui. C’est le propre de la retraite. Ce que nous avons tellement de mal à admettre et qui nous conduit à désigner la pension comme du salaire différé. Aucune génération ne peut financer sa retraite. Les régimes en répartition, comme on les appelle, nous ne pouvons les assumer pleinement que si nous faisons le travail de deuil de la contrepartie. Le travail de deuil du bas de laine. Le travail de deuil de tout ce faux bon sens : "il faut souffrir pour être beau", "il faut se serrer la ceinture aujourd’hui pour des lendemains qui chantent…". Tout cela est absurde !
La cotisation sociale assise sur les salaires exprime très simplement que nous ne pouvons jamais faire que répartir, chaque année, la valeur créée chaque année parce que la valeur, c’est volatile. Les salariés ne sont pas incapables de produire des patrimoines lucratifs : ils proclament l'inutilité de tels patrimoines. Et lorsque nous prétendons épargner par la finance nous faisons une œuvre de violence sociale là où le salaire fait œuvre politique.
Avec les moyens décuplés qu'offrent à la finance les instruments de circulation de l'information, le dépassement par le salaire du patrimoine lucratif est plus indispensable que jamais. Lorsque, par délibération collective, nous affectons 1.200 milliards des 5.000 milliards de salaire total à des cotisations qui vont financer les retraités, nous sommes dans la politique, il y a des règles délibérées que nous pouvons toujours remettre en cause. Alors qu'avec l’épargne financière nous nous asseyons sur la politique et nous entrons dans la violence sociale pure et simple. Celui qui a des titres a droit à de la monnaie qu’il va voler aux autres, il n’y a aucune délibération politique lorsque le patron dit "nous sommes en très bonne santé et les actionnaires exigent un signal, alors nous allons faire un plan social de 7.000 personnes, ce qui fera monter les actions". L'épargne financière est une régression de la politique à la violence sociale.
Pourquoi ai-je dit "voler" ?
Mais parce que la rente tirée de l'épargne financière est forcément le fait d'une minorité. Supposez que tout le monde soit rentier, comme on nous en fait la promesse imaginaire avec l'épargne salariale. La rente est devenue universelle. Dans ce cas, elle est sans intérêt car elle progresse comme le salaire évidemment, sauf à penser comme Viviane Forrester que l’argent fait des petits tout seul ce que, en bon économiste, je ne pense pas. La monnaie n'existe que comme expression de la valeur créée par le travail contraint. Si la valeur augmente de 2% par an, ce qui est le cas dans nos pays, les rémunérations vont augmenter de 2%. De fait, les salaires sont bornés par la hausse de la productivité. Si la rente est de 5, 10, 15% c’est parce qu’elle est le fait d’une minorité qui fait violence sociale aux autres en s'appropriant de la monnaie au-delà de ce qui revient à la majorité. Quel que soit le maquillage de la violence sociale de la rente (car on peut la maquiller en faisant des systèmes paritaires co-gérés par les syndicats, ce que préconise la C.F.D.T. aujourd’hui), elle représente une régression sociale énorme. Cette régression ne nous tente que parce que nous n’assumons pas cette nouveauté du salaire : la bonne nouvelle qu’il n’y a que de l’aujourd’hui en économie.
Il n’y a que de l’aujourd’hui en économie, et c’est une bonne nouvelle parce que ça veut dire que si nous voulons qu’en 2020 il y ait effectivement des travailleurs qui produisent la valeur qui seule pourra être dépensée en 2020, il faut que nous augmentions le poids du travail vivant aujourd’hui. Car la clef du poids du travail vivant demain est dans son poids aujourd’hui. Un exemple très simple : on ne voit pas comment une génération de jeunes que nous désespérerions parce qu’ils n’auraient pas accès à l’emploi au nom des malheurs du temps, ou parce qu’il faudrait réduire les dépenses éducatives ou de santé au nom de l'avenir, et toutes les fadaises de ce type, comment donc une génération désespérée à 25 ans serait-elle brusquement productive en 2020 lorsqu’il faudra payer nos retraites ? La productivité de cette génération dans vingt ans dépend de la place qui lui est faite aujourd’hui. Nous voulons que des retraites existent demain ? Surtout n’épargnons pas sous forme financière : augmentons les salaires aujourd’hui, augmentons les instruments qui mobilisent le travail aujourd’hui. C’est cela la bonne nouvelle : qu’il n’y a que de l’aujourd’hui en économie. Par quelle aliénation sommes-nous si attachés à cette absurde préparation de demain sous forme de l’épargne financière qui forcément réduit le travail vivant ?
Je
conclus.
Si l’épargne financière 1- est rigoureusement inutile, 2- est nocive, il serait peut-être temps d’en tirer la conclusion politique très simple. De même que nous nous sommes collectivement débarrassés des usuriers individuels, nous pouvons nous débarrasser des usuriers collectifs.
Comment nous sommes-nous débarrassés de usuriers individuels, qui fleurissent dans la littérature au 19ème (il y avait toujours un usurier qu’on tuait de temps en temps d’ailleurs, voyez Dostoïevski) ? En assumant notre sécurité, non pas par du patrimoine, non pas par du prêt, mais par une mutualisation des flux courants du salaire. Nous affectons 40% du salaire au pot commun et avec ça nous finançons entre autres les retraites.
De même que nous avons mutualisé les salaires, ce qui nous a débarrassé des usuriers individuels, nous pouvons nous débarrasser des usuriers collectifs que sont les détenteurs des capitaux en mutualisant l’investissement. Il faut que nous trouvions au moins 1.000 milliards de F. chaque année pour assumer cette épargne physique qui est la seule indispensable et qui ne peut être financée que par la valeur de l’année. Ce n’est pas plus que les retraites, faisons donc comme pour le salaire, inventons les instruments de délibération politique de la mutualisation de l’investissement. Pourquoi sommes-nous aliénés au point de confier à quelques-uns, au nom de leurs titres financiers qui ne servent rigoureusement à rien, le soin de décider de nos affaires alors que nous pouvons financer l’investissement sans aucune épargne financière préalable ?
Alors que nous pouvons passer à un salaire inaliénable, à une libre présence des travailleurs dans l’entreprise pour y délibérer et de l’outil et de l’objet de leur travail ! Je suis présent sur mon lieu de travail à titre contraint 3 h ½ par semaine, cela ne m’empêche pas d’y être bien davantage sauf que j’y suis librement : non pas comme un cadre qui ne compte pas son temps aliéné, mais comme quelqu’un qui est librement sur son lieu de travail pour y faire ce qui est délibéré collectivement. Beaucoup de notre atonie peut céder la place au retour à une forme de dynamique collective mais j’insiste sur le fait que tout mon effort au cours de ces ¾ d’heure a été de faire saisir l’inattendu qui est déjà là !
(première question exprimant des doutes sur la
possibilité de mettre en œuvre les perspectives esquissées dans la conférence)
Je voudrais répondre par la thèse soutenue par Christophe Dejours dans Souffrance en France. Dejours est un psychiatre du travail qui à partir de son activité clinique essaie de théoriser la souffrance des travailleurs, pas des chômeurs mais de ceux qui ont un emploi. Lorsqu’il y a démission collective (avec répétition à l’envi de plaintes du type “ on ne peut rien faire puisqu’on se heurtera toujours aux forces de l’argent ”), il y a une très forte souffrance, la souffrance de tous ceux qui laissent faire tout en étant de plus en plus stressés au travail parce que, à force de régression dans les droits sociaux il y a un tas de pathologies qui s’inscrivent de plus en plus dans le travail, à quoi donc s’ajoute l’énorme souffrance de laisser-faire les licenciements. Je ne parle pas de ceux qui participent au dégraissage, qui font les ratios financiers et appliquent les plans de licenciements : eux aussi ont une très grande souffrance qu’ils règlent autrement, par une idéologie virile que Dejours étudie très bien dans son bouquin.
A partir du moment donc où il y a une telle souffrance par démission, on ne peut la supporter que par un discours de rationalisation et ce discours de rationalisation est une adhésion au discours des maîtres : “ nos maîtres ont raison [de1][de1]”.
Question 2 : (Est-ce que votre position ne conduit pas au salaire maternel, le travail domestique) fait-il partie du travail libre ou du travail contraint ? J’aimerais entendre votre point de vue sur ce point.
Bernard Friot : Il y a deux formes de travail domestique : le travail domestique de présence auprès de personnes (les enfants, le conjoint, les ascendants), et le travail domestique d’entretien des sols, de la vaisselle ou du linge. Le premier est un travail gratifiant, le second non, sauf exception, il y en a qui aiment mais les hommes ne le font pas et ils ont raison, ce n’est pas parce qu’un travail est mauvais pour les femmes qu’il faut que les hommes le fassent ! Ce travail d’entretien d’ailleurs ne se fait encore comme il se fait, par contrainte faite aux femmes, que parce qu’elles ne le refusent pas catégoriquement : là encore nous sommes dans la servitude volontaire. Donc en aucun cas on ne peut payer ce travail, ce serait une régression formidable. Mais admettons que nous soyons à dix heures de travail contraint par semaine, ça laisse du temps pour aller librement dans l’entreprise, cinq heures par semaine, zéro heure (si c’est libre ça peut être zéro !), 50 heures ce qui n’est pas très raisonnable ! Peut importe, si nous sommes à 10 heures de travail contraint par semaine alors le travail domestique auprès des personnes de la famille devient possible non pas sous forme du temps partiel imposé aux femmes comme aujourd’hui mais sous forme de temps contraint réduit pour tous, étant entendu que le temps libéré est évidemment payé. Je ne dis pas que lorsque nous serons tous à 10 heures contraintes par semaine les hommes en feront autant dans le domestique que les femmes – ça n’est pas sûr du tout – mais les conditions économiques pour que cela soit seront remplies. Ensuite il y aura bien du travail à faire sur nous-mêmes pour que le partage soit réel. En particulier il faudra aussi que les femmes refusent de faire (y compris sous la forme salariée des emplois familiaux, cette imposture) le travail d’entretien que les hommes à juste titre ne font pas.
Question 3 : Vous dites qu’il y a démission collective. Si on prend cette idée comme un constat, est-ce que vous avez des idées sur le pourquoi d’une démission collective aussi massive actuellement ?
Bernard Friot : Je pense qu’il y a un déficit idéologique aujourd’hui dans la bataille pour le salaire. Nous ne considérons plus que le salaire est le lieu central de l’affrontement dans une société capitaliste et nous avons des tas d’activités militantes à côté de cette activité centrale. Mon obsession est : comment remettre le salaire au centre ? Lorsque j’examine les archives de la sidérurgie lorraine pendant les années 60, voilà des gens qui se battent pour leur salaire d’une façon à la fois magnifique et terrible, leurs raisons de se battre pour les salaires sont absolument tripales : c’est une question de survie, de dignité, de niveau de ressource. Je vous rappelle qu’en 68 on se battait pour le SMIG à 600 F. Le problème est qu’aujourd’hui nous ne savons pas faire le lien entre la question de l’emploi et celle du salaire. Nous avons même adhéré au discours patronal selon lequel la feuille de paie est l’ennemi de l’emploi. Adhésion invraisemblable alors que ce que j’essaie de poser c’est : nous pouvons en nous battant pour le salaire lutter contre le chômage parce que le jour où les chômeurs conserveront leur salaire il y en aura moins, c’est évident. Et bien des problèmes sociaux qui tournent autour du chômage seront assumés, sinon résolus. Si nous voulons qu’il n’y ait pas de chômage, il faut augmenter les salaires. Mais avec quel argent ? Avec l’argent qui aujourd’hui, faute que les salaires augmentent sous forme de hausse de cotisations patronales, va à l’accumulation financière stérile. Certes, allez-vous peut-être dire, mais je suis directeur d’un C.M.P.P., je ne fais pas d’accumulation financière et si je hausse les salaires, l’établissement n’est plus viable. C’est peut-être là qu’il faut se poser la question du tarif : 550 F., est-ce suffisant ? Pour réduire la valeur stérilisée dans la finance, il faut se battre aussi pour la hausse des cotisations maladie, et cela passe par exemple par l’action pour une meilleure tarification des actes de soins. Mais nous faisons preuve d’une telle autocensure !
Question 4 : Pourquoi baissons-nous les bras ? Parce qu’il y a une aliénation structurale à la position du salarié que Christophe Dejours démontre très bien dans toutes ses dimensions psychopathologiques mortifères. J’aimerais mettre cette pièce là de la question au débat pour que ça s’articule avec votre discours d’économiste et pour que nos préoccupations à nous et les vôtres se rejoignent là-dessus, et aussi sur ce point de droit qu’est la subordination du salarié. On a beau réduire le travail contraint à trois heures par semaine, c’est peut-être trois heures de trop avec cette subordination là . N’y aurait-il pas un effort d’invention à faire (je ne sais pas très bien où en sont les droits sociaux des autres pays d’Europe) pour que soit pensée au moins et peut-être transformée cette relation de subordination ?
Bernard Friot : Pour le coup avec 3 heures ½ de travail contraint par semaine pour tout le monde, nous sommes dans l’utopie, ce n’est certainement pas à l’ordre du jour. Mais si nous sommes en entreprise avec un salaire inaliénable d’une part, et d’autre part avec une obligation d’y être sous forme contrainte relativement réduite (pour arriver en utilisant les gains de productivité à 20 heures contraintes par semaine il faut une bonne vingtaine d’année), alors le fait même que nous soyons présents dans l’entreprise librement et sur des objectifs collectivement délibérés va forcément modifier également la subordination du travail contraint. La part contrainte du temps va être gérée autrement, ça me paraît inévitable.
Dernière question : je trouvais en vous écoutant que votre propos avait à peu près le même statut que celui de l’interprétation en psychanalyse, c’est-à-dire que vous faites un acte créatif qui nous sort un peu des rationnalisations abusives de nos hommes politiques de droite et de gauche qui consistent à répéter les mêmes choses sur les mêmes faits. Mais évidemment ce qui me vient c’est la question du comment : comment fait-on une fois qu’on a entendu votre interprétation, une fois qu’on sort des rationalisations politiques de droite et de gauche ?
Bernard Friot : Ma réponse est dans l’ordre des idées, des représentations, je suis incapable de m’exprimer sur d’autres éléments, je ne suis pas responsable politique ou syndical. Je vais prendre deux exemples. A coup sûr va être mis en cause le fait que les fonctionnaires d’Etat touchent une retraite qui est assise sur leur dernier c’est-à-dire leur meilleur salaire d’activité. On dira que c’est injuste par rapport à ceux qui touchent une retraite qui est assise sur toute leur carrière à travers un système de points (AGIRC et ARRCO) ou par la prise en compte des 25 meilleures années. Evidemment nous sommes battus d’avance si nous partons convaincus que cet argument est juste et que les fonctionnaires sont en situation privilégiée : et nous en sommes convaincus si nous pensons que la retraite est du salaire différé. Si c’est du salaire différé il faut effectivement que la pension exprime la carrière. Donc la question du “ comment ? ”, pour moi, se résout dans un travail d’intelligence sur le fait que la retraite n’est pas la contrepartie de mon travail passé, c’est la poursuite de mon salaire parce que le salaire fait partie des droits sociaux fondamentaux. Non pas dans l’abstrait mais dans la réalité conquise de la pension de retraite, dans un inattendu déjà là et que nous nous évertuons à lire à contresens. Si nous sortons de ce contresens nous pouvons commencer à dire que la retraite du privé doit être assise par exemple sur les trois meilleures années, ensuite on débat, on peut faire des calculs, on peut voir ce que ça donne. Autre exemple : le travail d’analyse que j’ai mené tout à l’heure sur le fait qu’on n’épargne jamais de la monnaie, ce contresens que nous faisons tous spontanément et grâce auquel le gouvernement peut nous dessaisir du bien collectif “ téléphone ”… au nom des retraites ! Nous allons nous dessaisir du droit de délibérer de l’avenir de la téléphonie du troisième type en faisant de ce bien collectif une occasion d’accumulation financière moyennant 130 milliards de francs que les nouveaux propriétaires récupéreront sur le prix de vente de leur marchandise. La circulation de l'information, c’est un continent nouveau dont nous aliénons ainsi volontairement la maîtrise. C’est comme si les papes, puisque c’est eux qui en décidaient, avaient été assez sots pour dire : la mer est à celui qui la découvre ! Ils l’ont fait pour les continents “ découverts ”, avec les résultats désastreux que l’on sait. C’est pourtant ce que nous faisons pour les technologies nouvelles de l’information, en renonçant à leur caractère de bien collectif, et qu’est-ce qui légitime un tel abandon ? Le fait que ces 130 milliards de F. iront au fonds de soutien du régime général. “ C’est pour la bonne cause, c’est pour les retraites, c’est pour consolider la répartition ”. Vous imaginez la violence, la torsion du sens des mots qu’il y a dans tout cela !