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« PETITE HISTOIRE-GRANDE HISTOIRE »
Un outil d’éducation populaire
TABLE DES MATIERES
A. Déroulement,
comment ça se passe ?
1. Temps
d'écriture individuelle.
3. Exploitation : Questionnement des
représentations, transmission d’expériences
B. Pourquoi
l’exercice petite histoire – grande histoire comme méthode d’éducation
populaire ?
1. Non neutralité de nos métiers d’éducation populaire comme postulat de
base.
2. Le récit « contre » l'argumentation : une posture d'éducation
populaire.
7. Redonner du relief politique à nos vécus en restaurant les conflits,
les clivages.
9. Repérer des déterminismes sociaux:
11. Partir de soi plutôt que des préjugés sur
les gens.
C. Ce qu’on peut faire par ailleurs entre des phases de collectes ou à
l'issue de la collecte
D. Quelques repères quant à la posture d'éducateur populaire :
1. Appel aux témoignages, aux récits de vie
4. Confiance et confidentialité
E. Quelques constantes, invariants que nous avons pu repérer. ?
1.
Temps
d'écriture individuelle.
Le premier temps consiste en
une consigne d'écriture individuelle pour réaliser son récit personnel, de
formation et professionnel, depuis sa naissance
jusqu'à aujourd'hui. (45 mn à 1 heure au calme) :
« A
partir de votre année de naissance : notez l’année, et au moins deux
colonnes « petite histoire » et « grande histoire ». Qu’est
ce qui vous a amené là ? Qu’est ce qui a été constitutif de vos valeurs,
de votre conscience du monde, ou vous a construit comme adulte, ….en incluant
bien sûr des événements positifs ou négatifs (un échec peut donner lieu à un
tournant).
La « grande histoire » peut être, du moins au
début, difficile à cerner, par « grande histoire » nous entendons
tout ce qui peut avoir une dimension collective, il ne s'agit pas
nécessairement de trouver des éléments qui porteraient le « label »
politique. La grande histoire, ce peut être, un livre, un événement sportif,
quelque chose qui nous a marqué à la télévision. A noter que la grande histoire
n'est pas non plus nécessairement universelle, le collectif peut se situer à
l'échelle de notre village !
Variante :
Dans les méthodes de formation qui s’appuient sur les
récits de vie il existe aussi « les autobiographies raisonnées », on
peut dans le cadre de la méthode PHGH mixer avec certains éléments de cette
autobiographie. Notamment en rajoutant une troisième colonne destinée à
travailler sur une expérience particulière, par exemple l’école.
Suite à ce premier temps autobiographique des participants, commence le
travail de collecte d’éléments clefs de son parcours de vie, de ce qui fait la
personnalité de chacun, ses valeurs, les événements personnels comme ceux de la
grande histoire, … sur une grande fresque dans la salle de formation.
Pour faire cette collecte, de nombreuses consignes ont été
essayées suivant le temps disponible, la taille du groupe ou les objectifs
précis du stage. Il s'agit de savoir comment et combien d'éléments sont
recueillis, combien de temps on laisse aux participants pour les raconter, si
il faut alterner l'exercice avec d'autres consignes pour éviter l'ennui, quelle
alternance entre PG et GH, faut-il que les anciens aient plus de temps de
parole etc. En temps qu'animateurs/formateurs ces questions devront se poser avant, même si une des postures
d'animateur d'éducateur populaire que nous défendons consiste à privilégier ce
qui est vécu sur ce qui est prévu....et cette
posture nous semble d'autant plus nécessaire dans le cadre d'un exercice tel
que celui ci!
Dans la « petite histoire grande histoire » que
nous avons vécue, nous vous avions demandé de repérer après l’écriture de votre
tableau 5 ou 7 éléments de la petite et de la grande histoire qui vous
semblaient important de raconter. Ensuite on peut être souple sur ce qui est du
ressort de la grande ou de la petite histoire, il nous semble cependant
important de conserver la contrainte de
l'histoire collective pour que le récit de vie ne tienne pas dans un
exercice autocentré ou psychanalytique!
Remarque
Ces derniers temps, nous avons ajouté
comme consigne que ça ne soit pas la même personne qui parle et écrit en même
temps. L'essai nous semble concluant, cette consigne permet de solliciter un
peu plus d'attention, permet à la personne qui parle de n'être concentrée que
sur le récit et parfois permet qu'une connivence s'instaure dans ce
binôme : il peut y avoir quelque chose de fort à « écrire » la
vie d'un autre.
Il semble que la consigne PHGH fonctionne mieux dans un
lieu chaleureux, qui porte un peu d'histoire sur ses murs, plutôt que dans une
salle neuve et aseptisée.
Au minimum nous avons fait tenir cette consigne sur une journée, mais
le mieux c’est de prendre plusieurs demi-journées, en intercalant d’autres
temps de formation de registres différents.
3.
Exploitation : Questionnement des
représentations, transmission d’expériences…
Le troisième temps est une consigne d’exploitation de la fresque (de
nos petites et grandes histoires) : chacun prend un temps individuellement
pour noter, analyser, ce qu’on lit dans cette fresque à partir de la
question suivante :
Qu’est ce que vous lisez,
repérez, dans cette fresque comme éléments déclencheurs de votre
engagement ? Repérage des moments où l’on s’est réalisé ou au contraire nié.
L'exploitation de cette consigne est encore au sein du Pavé
en discussion – et pourvu que ça dure!
L'une des exploitations possible est de repérer dans la fresque des
éléments qui ont pu être les moteurs d'investissements ou des freins à des
investissements pour nous même. Après ce repérage, le travail a consisté à
tenter de réinscrire ces moteurs et éliminer ces freins dans nos pratiques
d'éducateurs populaires, pratiques professionnelles ou militantes avec le
postulat que ce qui avait marché pour nous pouvait marcher pour d'autres (vous
trouverez un ensemble de freins et atouts repérés en fin de document)
Une autre utilisation de cette consigne a donné lieu à l'écriture d'un
spectacle conçu et joué par les participants à cette consigne...(Cf
Inculture(s) 3 sur l’engagement et 6 sur l’école[1]).
Mais, il reste en débat la question de l'intérêt
d'une exploitation rationnelle. Alors que nous sommes nombreux à reprocher un
monde de la vitesse, de la productivité et de l'utilitarisme, peut être est-il
bon que nous nous interrogions sur la pertinence de l'exploitation nécessaire
d'une consigne qui en nous a provoqué en tant qu'expérience de vie des chose...
par ailleurs n'est t-il pas possible qu'en tentant d'exploiter, de
rationaliser ces récits on n’en vienne
pas à détruire des appréhensions non
rationnelles, affectives qui sans être conscientisées agissent sur nous. Et
puis, au regard de la rareté de tels moments, la tentation de l'exploitation
pourrait nous interroger sur notre rapport à la gratuité, à l'écoute de
l'autre. Combien de fois prenons nous dans notre vie le temps d'écouter
simplement ?
Dans tout les cas
il reste que cette consigne nous intéresse pour les raisons suivantes:
1.
Non neutralité de nos métiers d’éducation
populaire comme postulat de base.
L’éducation n’est pas neutre, elle est politique. Aucune éducation ne
peut se prétendre neutre, toute éducation relève d’intentions même si elles
sont plus ou moins conscientes.
Cet outil peut permettre aux gens qui le
pratiquent la prise de conscience qu'un certain nombre de leurs choix ont été mus
par des convictions ou un ancrage idéologique (la famille, groupe de pairs etc.
).
C'est parce que nous prétendons qu'il ne faut
pas taire ses convictions, au contraire, dans nos pratiques professionnelles qu’il
nous semble important que les travailleurs de l'éducation soient conscients de
celles-ci, repèrent leurs valeurs. C'est un outil qui permet aux valeurs des
uns et des autres d'être incarnées dans des actes.
En effet, alors même que nous passons
beaucoup de temps à tenter dans des groupes de définir des valeurs communes
nous pensons que c'est moins les mots que les actes qui comptent. En proposant
à des stagiaires de se raconter plutôt que de raconter ce qu'ils pensent, les
stagiaires ont la possibilité de dire ce
qu'ils sont ou ce qu'ils pensent en disant ce qu'ils font.
2.
Le récit, raconter
avec ses mots : une posture d'éducation populaire.
A ce
titre, c'est aussi une démarche d'éducation populaire que de demander au gens
de se raconter. En effet, y compris
dans l'éducation populaire nous proposons souvent aux gens de dire ce qu'ils
pensent sur un registre argumentatif abstrait, or nous savons que ce registre
n'est pas partagé par tout le monde de la même façon, qu'il est stigmatisant et
potentiellement excluant ; cette méthode permet aux gens d'exprimer des idées
sans entrer dans un discours conceptuel. Ce constat est d'autant plus vrai que
certains mots peuvent être porteurs de sens galvaudés ou péjoratifs quand bien
même nous les défendons. Ainsi, poser la question du sens de ses actions, de l'engagement
ou du politique a pu être rédhibitoire pour certain alors même que le
récit qu'ils faisaient de leur vie exprimait clairement ce que d'autres
auraient nommé « politique ».
L’éducation populaire passe par la confiance,
critique, organisée, rigoureuse, dans les savoirs populaires (contrairement aux
savoirs officiels, dominants, prédéterminés).
D’ailleurs les fameux cercles de culture (mouvement ouvrier), ou
pédagogie de Paulo Freire, l’un des ancêtres de l’éducation populaire, étaient
basés sur la déhiérarchisations des savoirs (donc des pouvoirs) : tout le
monde sait, a une histoire, des choses à dire, sa vision et compréhension du
monde qu’il a vécu… personne n’est dupe…
En proposant aux gens de parler de leur vie,
on met les personnes d'emblée sur un point de départ égalitaire. En effet, si
en les interrogeant sur un autre sujet on peut induire des écarts du fait
« d'inégalité de savoir », en demandant aux gens de parler de leur
vie, on les met dans une posture où tout le monde a quelque chose à dire....
par ailleurs, autant, les opinions, idées sont facilement critiquables,
hiérarchisables autant il nous est beaucoup plus dur de juger/discuter d'une
quelconque « mesure » des vies et c’est tant mieux.
…. Évidement cette remarque est nuancée par la durée de vie des
personnes quand de grands écarts d'âges existent chez les participants à la
consigne.
Cet exercice autobiographique est un outil anti-fataliste, pour faire travailler nos imaginaires politiques.
Il sert à vérifier la dimension historique de toute réalité, ce qui peut se
faire, peut se défaire et inversement. On veut nous faire croire qu’il n’y a
qu’une façon de faire et d’être, un seul avenir, capitaliste. Rien n’est pourtant
figé ni sans histoire : c’est un exercice pour mieux comprendre les
transformations du monde dans lequel nous vivons, contre la naturalisation du
monde social, pour redonner l’espoir de transformer la société radicalement. Rouvrir
le champ des pensables c’est rouvrir le champ des possibles.
En
effet, en faisant cet exercice de mettre en parallèle son histoire avec une
histoire collective, ont peut se rendre compte en quoi notre histoire fait
aussi partie de la grande histoire (en fait, on désacralise aussi cette
histoire des grands hommes qu'on apprend
à l'école, qui nous est extérieure ), on s'en rend compte d'une part en
croisant notre histoire avec des événements de la grande, en se rendant compte
que cette dernière a pu agir sur nos
choix mais aussi en se rendant compte que nous partageons une manière de
penser, des souvenirs – qui du coup deviennent historiques – avec d'autres.
Ainsi, si l'histoire a pu agir sur nous, c'est que nous pouvons aussi agir sur
elle, elle ne nous est pas extérieure.
Parce que les générations ne se
parlent plus, parce qu’on n’apprend pas l’histoire du mouvement ouvrier et
social à l’école nous défendons la
nécessité de la transmission d’une culture politique, associative, militante…
entre les générations. Nous constatons une censure sur les histoires
militantes, un déficit de transmission de culture politique. Combien d’entre
nous osent se raconter, nommer leurs engagements, leurs émotions politiques,
leurs petites et grandes résistances, les événements qui ont marqués leur vie,
leur orientation professionnelle…
Cet exercice de transmission nous semble fondamentale à double
titre, parce qu'il permet aux jeunes générations de comprendre pourquoi des
institutions (partis, syndicats, système de santé) ont pris la forme qu'elles
ont aujourd'hui mais aussi parce qu'il permet aux anciennes générations (qui
occupent par rapports aux jeunes plutôt les positions de pouvoir) ce qui peut
les rebuter dans des manières traditionnelles de faire de la politique ou de s'engager.
6.
Redonner du relief politique à nos vécus en
restaurant les conflits, les clivages.
Par l’exercice biographique, les récits font part des croyances,
valeurs, enjeux portés par chacun, et dévoile, restitue aussi des rapports de
domination, des conflits de valeur entre soi et des situations, ou des
institutions, la grande histoire, ou entre les participants, ou nos propres
contradictions. Contre le consensus, cet exercice est très précieux pour le
travail de conscientisation, il donne de la matière pour des actions
collectives.
Dynamique d’un groupe, qui fait connaissance authentiquement… sortir
des représentations « étiquettes » toutes faites sur les statuts des
uns et des autres, faire la différence entre l’institution et la personne,
entre le professionnel prescrit et désiré… Le système capitaliste passe son
temps à diviser les gens pour mieux régner, à les isoler pour qu’ils ne
réagissent pas. Cet exercice permet de passer de la solitude impuissante au
collectif agissant.
A l'écoute des expériences des autres nous pouvons prendre conscience
qu'à tel événement, tel phénomène, les autres ont pu être amené à réagir
différemment, voir à l'opposé de la manière dont nous avons ou nous aurions
réagi. A l'écoute du récit des autres nous pouvons être amené à vouloir
débattre, à discuter l'interprétation de ces
autres or ce n’est pas l’objet de la consigne… en permettant aux
individus de s'exprimer sans le « risque » du jugement exprimé nous
nous trouvons en situation d’écoute qui ouvre la possibilité de revisiter nos
jugements.
8.
Repérer des déterminismes sociaux:
A travers l'écoute des récits de vie des autres nous nous rendons
compte que nous ne sommes pas isolés dans notre manière de penser et d'agir,
que souvent « les autres » peuvent avoir des interprétations
sensiblement les mêmes que nous ou vécu des choses similaires à nous. En
prenant conscience de cette réalité nous nous rendons compte que nous sommes en
partie déterminés. Ça ne veut pas dire que nous n'avons pas notre libre
arbitre, mais que nous ne sommes pas responsables
en totalité de ce que nous pensons.
C'est à deux titres que nous pensons l'intérêt de cette prise de
conscience:
D'une part, il s'agit d'une prise de conscience qui devrait « rabattre » nos égos, nous inciter
à une certaine modestie quant à nos interprétations du monde surtout quand on
les croit marginales. Mais plus que cette dimension morale, en matière de
transformation sociale cette prise de conscience peut nous aider à nous
positionner de manière collective. Il est notable que notre manière de penser,
aussi anti-conformiste, alternative, révolutionnaire que nous pensons qu'elle
soit, soit partagée par nos contemporains.
D'autre part, cette relativisation de notre libre arbitre peut nous aider
à réévaluer notre part de responsabilité dans nos actions. En effet si d'autres
personnes que nous ont été amenées à subir un certain nombre de choses dans
leur vie, dans les mêmes circonstances que nous, c'est qu'alors, nous ne
portions pas la totale responsabilité de ce que nous vivions. C'est par exemple
à travers ce genre de consigne que des personnes ont pu se rendre compte que
leur rapport douloureux à l'école était plus la résultante de leur appartenance
à une classe sociale que le fruit de leur propre échec.
Alors que le conseil, même bien attentionné, peut être mal reçu,
l'écoute de solutions éprouvées par d'autres face à des situations
problématiques qui nous touchent, peut être salutaire quand nous nous rendons
compte que ces solutions ont pu marcher chez l'autre. L'intérêt, une nouvelle
fois de la consigne de récit de vie, est qu'elle permet d'incarner des faits et
non de les défendre sur un registre
argumentatif qui peut parfois être non-productif.
10.
Partir de soi plutôt que des préjugés sur les
gens.
Alors même que de nombreux projets sont montés sur des postulats
fictifs, des préjugés et des représentations, le passage par un récit de vie
permet en formation de rappeler aux « monteurs de projet » en quoi il
peut s'appuyer sur ses propres besoins, désirs, expériences pour anticiper les
réactions de ceux pour qui il conçoit son aventure.
Certes il y a un risque d'auto-centrer les choses sur ses propres
aspirations, il ne s'agit donc pas de ça, mais de faire prendre conscience
qu'il nous arrive d'organiser des actions auxquelles nous même ne
participerions pas.
C. Ce qu’on peut faire par ailleurs entre des phases de collectes ou à l'issue de la collecte
- Des groupes d'interview (10 mn x 3 : action réussie, qui incarne vos valeurs professionnelles, militantes, et action au contraire insatisfaisante + analyse et exploitation) - Passer devant la caméra pour un recueil d'anecdotes sur un des invariants (la découverte de sa classe sociale par exemple) - Dessiner son travail prescrit et son travail rêvé - Débat mouvant sur un thème sur lequel il y a désaccord dans le groupe et noter les arguments - Diffuser le film en lien avec le stage (nous utilisons notamment les vidéos des conférences gesticulées)
- théâtre image (théâtre de l'opprimé) : sculptez une situation de conflit dans votre pratique professionnelle ou militante
D. Quelques
repères quant à la posture d'éducateur populaire :
Nous ne concevons pas
« faire participer des gens » à la consigne PHGH sans nous mêmes
pratiquer pleinement la consigne. Ceci veut dire qu'en respectant notre personne, notre intimité au même titre que tous les participants,
il nous semble fondamental en tant que formateur de participer aux récits de
vie en faisant le nôtre et en le dévoilant à chaque fois, même de façon chaque
fois différente, avec la plus grande honnêteté possible.
Par ailleurs ci dessous quelques repères que nous pouvons avoir en tête
pour pratiquer et faire pratiquer la consigne.
1. Appel
aux témoignages, aux récits de vie
L’idée que dans le témoignage il y a une source de savoirs et que l’on
peut faire de l’éducation populaire à partir de là.
L’idée que ce travail autobiographique est un processus de libération
de la parole, qui permet de dire ses ambiguïtés, ses désirs, le relief de sa
vie.
Cette démarche crée un espace qui permet de prendre le temps de se
raconter et nommer sa vision du monde, ce qui fait qu’il ou elle est là et pas
ailleurs, son engagement à lui ou à elle.
4. Confiance
et confidentialité
Comme dans toutes les histoires authentiques, il en va de la qualité de
l’écoute, du dialogue entre les personnes, qui vont aider à dire vrai et à se
sentir en sécurité pour le faire. Cela suppose aussi que cette confiance ne
vaut que pour ce groupe et ce moment particulier. Les récits de vie collectés
restent liés à cet espace : principe de confidentialité.
Le cadre que nous proposons est celui d’un processus de construction
des savoirs, de confrontation des expériences, des cultures dont chacun est
porteur, pour apprendre ensemble, revisiter l’éducation populaire que nous
pratiquons, transmettre nos convictions et approches.
Cette démarche est nécessairement un travail personnel et collectif en
ce sens que chacun va réfléchir à son propre chemin, réagir à ce que l’autre
raconte, l’interroger, analyser avec lui ou elle ce qu’il en ressort.
Nos récits sont matières à réflexion individuelle et collective, mais
ces connaissances sont ici utilisées pour tirer des enseignements pour nos
pratiques d’éducation populaire. La production de questionnements est liée à
l’horizon d’une action transformatrice que ce soit de notre environnement
institutionnel ou des pratiques elles-mêmes.
E. Quelques
constantes, invariants que nous avons pu repérer ?
Faire l’expérience
de l’injustice, de l’oppression, de la rébellion et de la résistance à
l’autorité.
Vivre de la
reconnaissance, de l’estime de soi
Participer à un
espace public
L’ascension
sociale
L’émotion
politique
La découverte de
la réflexion intellectuelle
Avoir vécu une
expérience pédagogique alternative (école alternative, pédagogie Freinet)
Exister dans une
technique
Le rapport à
l’institution scolaire
La première
manifestation
La découverte de
sa classe sociale
La rencontre avec
une personne importante
La découverte de
la bêtise, de l’humiliation, de la haine de classe
Subir sans réponse
collective
Des événements de
la grande histoire
Rencontres avec
maîtres à penser ou maîtres de cohérence
La force de vie /
La curiosité / La colère / L’espoir
Créer du lien,
transmettre dans un collectif
L’expérience du
collectif voire d’une communauté
|
FACTEURS
FAVORISANTS |
FACTEURS
RESISTANTS |
|
Travail sur les histoires de vie |
Résistance à parler de sa vie, des choses douloureuses, confiance à
l’instant… |
|
Travail sur les injustices propres au
contexte du groupe |
Négocier des espaces hors du cadre hiérarchique Avancer masquer |
|
Mettre à égalité, construire une place pour
chacun |
Lutter conter soi Hiérarchie des savoirs Dévalorisation personnelle |
|
Immersion dans un milieu inconnu Utiliser une grille d’analyse (marxiste,
sociologique, économique…) |
Culpabilité d’appartenance à une classe sociale Acceptation de sa classe sociale |
|
Diffuser des œuvres, (livres, films,
musiques), permettre la rencontre avec des personnes ou des événements |
Le bien pensant résistant au subversif Réappropriation des modes de pensée éloignés d’une culture
personnelle |
|
Diversifier les supports d’expression |
Les maîtriser |
|
Retour sur son vécu scolaire |
Trouver le temps, le cadre, Instaurer la confiance (temps, durée,
cadre protecteur) |
|
Donner des suites collectives pour ne pas
générer de l’impuissance |
|
|
Alimenter des rencontres avec une réflexion
construite collective |
Rester modeste, ne pas chercher l’événementiel |
LIVRES
LES
HISTOIRES DE VIE.
Jean-Louis
LE GRAND, Gaston PINEAU.
Que
sais-Je, PUF, 4ème édition 2007 (1ère édition 1993)
HISTOIRES DE VIE COLLECTIVE ET EDUCATION
POPULAIRE
Sous la direction de Marie-Jo Coulon et
Jean-Louis Le Grand
Histoire de vie et formation - Formation.
2000
Que se passe-t-il lorsque s'écrivent des
histoires de village, lorsque des acteurs sociaux tentent d'expliciter l'histoire
des collectivités, d'associations, de groupes de travail ou de militants, de
communautés dans lesquelles ils ont une
part active ?
Quinze auteurs de France et du Québec se
proposent ici de dégager les dimensions sociales communes d'expériences d'histoires
de vie singulières.
Un
panorama d'histoires de vie collectives dans une perspective d'éducation
populaire.
QUELQUES ARTICLES
D.
BERTAUX. L’enquête et ses méthodes. Le récit de vie. 2ème
édition. Sociologie 128. Colin. 2005
Patrick
Brun, ATD Quart monde et la
constitution des histoires de vie en collectivité
Claude
Burneau, Prenez en main votre propre histoire : racontez-la
Christine
Burnet, De la vie du quartier à l'écriture romanesque et théâtrale
Christian
Chenault, Mémoires en quartier
Christian
Chenault, Ethnologie du domaine français histoires de vie et éducation
populaire : filiations théoriques, problèmes épistémologiques
Jean-François
Chosson, Peuple et Culture 1960 –
1967, Quand la marge tient la page !
Marie Jo
Coulon, Jacques André, Claude Naud Parole de Passis
Marie Jo
Coulon, Démarche d'éducation populaire en histoire de vie collective
Marie-Jo
Coulon (coordination), Le sujet écrivant son histoire. Histoire de vie et
écriture en atelier
Lainé Alex -1998.
Faire de sa vie une histoire. Théories et pratiques de l'histoire de vie en
formation, Paris : Desclée de Brouwer.
Jean-Louis Le
Grand, Repères théoriques et éthiques en histoires de vie collective
Jean-Louis Le
Grand, Du récit de résistance et de
la démocratisation des savoirs, A propos de deux ouvrages québécois d'Hugues
DIONNE
Michard
Pierre et Yatchinovsky Arlette - 1995. Histoire de vie. Une nouvelle
approche pour repenser sa vie autrement, Paris: ESF (Coll. Formation
permanente).
Pineau Gaston
et Le Grand Jean-Louis - 1993. Les Histoires de vie, Paris, PUF coll.
Que sais-je? Réed 1996
Gaston
Pineau, Françoise Deroy, Les remémorations comme production d'histoire
collective par passage de témoins entre générations
Pineau Gaston
et Marie-Michèle - 1983. Produire sa vie. Autoformation et autobiographie,
Paris: Montréal: Saint-Martin
Pierre
Simiand, Expressions de culture populaire et perspectives éducatives
Alain
Tartier, Histoire cognitive et vie d'une histoire, du réseau au collectif
André
Vidricaire, Un collectif féminin
N° 102 de
Sciences Humaines "Les Récits de vie" Fév.2000
« Les
filiations théoriques des histoires de vie en formation ». Pratiques de
formation-analyses. N°31. Janvier 1996. Université Paris VIII. Service de la
formation permanente.
Revue Pratiques
de formation (analyses), Approches non francophones des histoires de vie en
Europe, Formation permanente Université Paris VIII. N°55. décembre 2008.
VIDEO
- Conférence de Jean-Louis Le Grand sur les histoires de vie à Paris 8 http://193.54.168.65/docs/spip.php?article26