Praxis n°3 mars 2001
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Enquête et conscientisation
Raymond DEBORD
janvier 2001
«Enquête»
: un drôle de nom pour un concept théorique se rapportant à une action
militante... On ne parlera pas ici de l’enquête au sens judiciaire du terme
qui, on le comprend, n’est que de peu d’intérêt quand on vise à l’émancipation
des gens. L’enquête dont on parlera ici est une «recherche méthodique reposant
notamment sur des questions et des témoignages» (1) même si c’est aussi quelque
chose de plus. Nous y reviendrons. Dans ce sens, le terme d’enquête est d’une
définition très proche que celle que lui donnent les sociologues et qui vise à
la connaissance d’une réalité sociale. L’enquête dont nous aurons à parler et
que nous aurons à défendre en tant qu’outil pour la libération des opprimés a
un objet qui va au delà de la collecte d’information : c’est un moyen de
conscientisation et d’organisation. Parler d’ «enquête» pour définir de manière
générale une pratique militante renvoie donc à un (ou des) contenus précis et a
une connotation nette reflétant certaines traditions dans le mouvement social.
La volonté d’étudier scientifiquement la
réalité sociale est née à la fin du XIXème siècle,
sous les auspices de Saint Simon, d’Auguste Comte et d’Emile Durkheim, tous
pères à des degrés divers de la discipline à part entière qu’est devenue la
sociologie. En sociologie, l’enquête est toujours le principal moyen
d’accumuler la matière première permettant la recherche.
Simultanément, on trouve l’idée de l’enquête
chez Karl Marx qui publie d’ailleurs une célèbre «enquête ouvrière» en 1880.
Même s’ils ont des objectifs politiques antagoniques, Marx et les premiers
sociologues ont aussi un point commun : celui de vouloir développer une méthode
objective.
Pour Marx et ses disciples, la politique
socialiste s’appuie en effet sur une conception du monde (le matérialisme
historique) et une théorie de la connaissance qui lui donnent
des fondements scientifiques.
C’est dans ce cadre que Marx a rédigé son
«Enquête ouvrière», questionnaire peu connu aujourd’hui mais diffusé à l’époque
de manière large.
Nous laisserons ici la question de l’évolution de l’usage de l’enquête en
sociologie - hors de notre propos - pour constater que cette démarche aurait dû
vivement intéresser les socialistes puis les communistes, épigones de Marx et
continuateurs de ce qu’ils ont nommé le «socialisme scientifique» en référence
à un article de son alter-ego Engels.
Pourtant, il n’en a rien été et dans les courants
se réclamant du marxisme, il n’y a guère que le maoïsme qui ait fait de
l’enquête un cheval de bataille. Il est vrai que le maoïsme est en rupture
assez nette avec la tradition socialiste et communiste sur un point fondamental
: la place des intellectuels dans le mouvement révolutionnaire.
Il y a donc eu une forme de discontinuité
dont il faut comprendre les racines. Alors que toute la tradition socialiste et
social-démocrate, de l’Allemand Karl Kautsky au Russe Lénine, insiste sur le
rôle des intellectuels révolutionnaires et nie la capacité des masses à
atteindre par elles-mêmes une conscience socialiste, peu nombreux seront les
courants qui s’opposeront à cette idée, à part les syndicalistes-révolutionnaires
puis les partisans de Rosa Luxembourg (2).
Sans jamais attaquer explicitement la
tradition léniniste, ce qui aurait été proprement impensable, le dirigeant
communiste chinois Mao-Zédong va, lui, mettre en
avant le primat de la pratique sur la théorie (3). Or, placer comme point de
départ la pratique, c’est nécessairement placer comme point de départ la
connaissance du réel, autrement dit l’enquête militante sur les conditions de
vie et les aspirations du peuple.
«Pas d’enquête, pas de
droit à la parole»
Le texte le plus célèbre de
Mao Zedong ayant trait à l’enquête est intitulé
«contre le culte du livre». Il propose aux militants communistes de chercher à
s’imprégner en profondeur de la réalité sociale de
Les textes théoriques de Mao Zedong, écrits pour la plupart bien avant sa prise du
pouvoir en 1949 auront une influence considérable sur la jeunesse étudiante
radicale des années 1960, d’autant qu’ils sont entrés en résonance avec la
révolte des Gardes Rouges et la «Grande Révolution Culturelle Prolétarienne»
qui a balayé
Au carrefour de la révolte
anti-autoritaire de mai 1968 et des aspects libertaires de
En Italie, la réflexion sur l’enquête
ouvrière est plus théorique et va questionner les relations entre marxisme et
sociologie, comme le fait Raniero Panzieri
dans les Quaderni Rossi.
Mais c’est finalement d’Amérique latine que
viendront les principales réflexions novatrices sur la notion d’enquête et
surtout une mise en pratique de cette méthode à une échelle inégalée jusqu’ici.
Or la tradition idéologique des militants
progressistes latino-américains n’est pas principalement le communisme : c’est
le christianisme et le catholicisme en particulier. Ce christianisme a bien sûr
reçu toutes sortes d’influences peu orthodoxes, y compris venant des sommités
du marxisme international comme le français Louis Althusser. Mais c’est un
courant chrétien, dont la majeure partie des représentants officiels de
l’Eglise se réclament là bas. Il produira sa propre idéologie : la théologie de
la libération (6).
Ces racines chrétiennes apparaissent
nettement chez Paolo Freire, le plus grand théoricien de l’éducation populaire,
qui n’hésite pas à affirmer que «les véritables révolutionnaires découvrent
dans la révolution, acte créateur et libérateur, ce qu’est l’amour» (7). Pour
lui, le dialogue entre le militant et le peuple ne peut se fonder que sur les
valeurs que sont l’amour du prochain, l’humilité, la
confiance dans l’homme et l’espérance.
Ces conceptions ont enrichi de manière
considérable les conceptions de l’enquête. Il ne s’agit plus simplement
d’apprendre à connaître une réalité, voire de tisser des liens avec un milieu
particulier, mais d’agir politiquement, l’enquête n’étant que le support et
l’essentiel le dialogue noué entre les hommes.
Les idées de Paolo Freire ont donné naissance
à tout un courant international de chercheurs-militants
influents dans le mouvement populaire et se consacrant entièrement à son
développement. Au Brésil, ils sont avec les membres des communautés chrétiennes
de base et les syndicalistes combatifs de
Un patrimoine en friche
En France, l’influence de Paolo Freire s’est
sentie au cours des années 1970 dans le travail des groupes d’alphabétisation
des foyers de travailleurs immigrés, dans les idées d’associations comme
Accueil et Promotion, de courants politiques comme Objectif socialiste ou les
Groupes d’actions municipale (GAM)et enfin de centres
de formation comme l’INODEP.
Leurs pratiques les rapprochent de la
mouvance autogestionnaire, dans laquelle ont peut alors également placer
Après l’accession de la gauche au pouvoir en
1981, le recul général des idées révolutionnaires, la satellisassion
des courants critiques par le Parti Socialiste et l’intégration des
associations dans le système institutionnel ont quasiment fait disparaître
cette nébuleuse .
Il y a là tout un patrimoine militant d’une
richesse extraordinaire qui a malheureusement totalement sombré dans l’oubli.
Quel jeune historien se lancera dans l’aventure de son étude ?
A la fin des années 1970 et au début des
années 1980, le Parti communiste tentera lui aussi quelques initiatives basées
sur le principe de l’enquête : campagne des «cahiers de lutte» et campagne des
«cahiers de la misère et de l’espoir». La démarche s’inspire un peu de celle
des fameux «cahiers de doléances» de la révolution française. Elle n’aboutira
pas, marquée par un certain populisme et surtout par l’incapacité à formuler de
réels thèmes d’action élaborés avec les gens à partir des matériaux recueillis.
De leur côté, des associations comme ATD-Quart Monde réaliseront un
travail formidable sur la réappropriation de la parole, qui reste un modèle du
genre. Mais celui-ci ne débouchera pas, entravé par l’a-politisme
de plus en plus marqué d’une association avant tout caritative et son
orientation exclusive vers le sous-prolétariat et les milieux marginaux.
Il faudra attendre les années 1990 pour voir
des militants se réapproprier implicitement ou explicitement la notion
d’enquête et les méthodes de travail qu’elle implique. Celles-ci sont
particulièrement sensibles dans tout le travail réalisé par les ex-maoïstes de
l’Organisation politique et principalement dans leur intervention parmi les
ouvriers des foyers immigrés de la région parisienne.
Dans un autre registre, plus proche de la
filiation syndicaliste révolutionnaire et du marxisme hétérodoxe (Crocce, Labriola), les ex-trotskystes du bulletin
CONCEPTION SOLIDARISTE DE L’ENQUETE
Plus qu’un moyen de connaître de manière
scientifique la situation d’une classe sociale ; plus qu’un moyen d’approcher
les couches populaires et de se lier à elles ;
l’enquête peut être un moyen d’agir pour développer une pratique militante conscientisante.
Paolo Freire a une formule magnifique qui
résume bien l’enjeu : «exister humainement, c’est dire
le monde et c’est le transformer».
On comprendra que le simple
fait de s’exprimer c’est déjà avoir commencé à se modifier soi-même et à
modifier la réalité qui vous entoure. Dire son existence, c’est modifier celle
de ceux qui entendront votre parole ; c’est s’affirmer comme être humain
à part entière.
Sans être capable de régler à elle-seule les problèmes sociaux, la parole des concernés
est par sa simple existence non seulement témoignage mais aussi action.
Mais, les gens parlent, dira t-on. Ils ne
manquent pas d’occasions pour s’exprimer, y compris en accomplissant leur
devoir de citoyen.
Pourtant, NON, les gens ne parlent pas.
L’écrasante majorité n’a ni le temps, ni l’occasion, ni les moyens de parler.
Elle ne fait que subir : subir la situation dans laquelle elle est reléguée par
la société telle qu’elle s’organise et subir le discours et la pensée
dominants.
Alors oui, pour la «majorité silencieuse», il
y a nécessité de dire. Et ceux qui ont besoin de dire, ceux que l’enquête doit
aider à dire, ce sont ceux qui commencent à cesser d’être soumis et qui sont
«alertés» voire «révoltés» par ce qu’ils voient autour d’eux ou subissent
eux-mêmes mais dont la quasi totalité du mode de pensée reste déterminé par le
système en place.
Le public visé par l’enquête relève de la
catégorie des gens ayant une «conscience pré-critique»,
pour reprendre les catégories de Colette Humbert (9). Ce sont des gens qui
commencent à émerger comme «sujet» et qui entretiennent un ressentiment confus
et global contre les privilégiés. Ce sont des personnes qui sont engagées dans
des organisations populaires (syndicats, associations) ou en passe de l’être.
Ce processus qui mène à l’organisation est un
processus de libération de soi-même et pour commencer de libération de sa
propre parole.
Reconquête de la parole
Pour formuler une pensée, il faut avoir des
mots pour la dire. La conquête de la parole est donc la première tâche dans une
perspective libératrice. C’est également un aspect essentiel de la reconquête
de leur existence par les classes populaires, contre tous ceux qui prétendent
parler en leur nom.
Dans les organisations classiques on assiste à une véritable confiscation de la
parole par des «spécialistes» qui sont en fait les gens disposant des plus
grandes facilités d’expression orale ou écrite. Ces leaders se trouvent donc la
plupart du temps disposer d’un bagage universitaire et sont si ce n’est issu de
la classe dominante (ce qui arrive plus souvent qu’on ne le pense) mais au
moins de ce qu’Alain Bihr nomme l’ «encadrement capitaliste»
(10). Dans ce sens, ils ont des intérêts distincts de ceux qu’ils prétendent
représenter et tendent à déformer la parole populaire ou à l’usurper pour
exprimer leur propres attentes et revendications.
Le cas le plus caricatural de l’usurpation de
la parole populaire est donné par les associations comme DAL ou Droits Devant
!! qui mettent systématiquement en avant leurs responsables qui ne sont
nullement des personnes défavorisées mais des «personnalités» intellectuelles
ou du monde de la culture : le biologiste Albert Jacquard, le cancérologue
Schwartzenberg, le prêtre Mrg Gaillot... Toutes les
actions de ces associations sont d’ailleurs systématiquement relayées par des
«appels de personnalités» derrière lesquelles sont priés de se ranger les sans-papiers,
les mal-logés, etc.
A ses débuts, le mouvement syndical a cherché
à se prémunir de ces dérives en interdisant l’adhésion aux intellectuels non
salariés et aux cadres. Georges Sorel, principal théoricien du syndicalisme
révolutionnaire des années 1890 aux années 1910 - et intellectuel lui-même - a
écrit quelques pages particulièrement brillantes pour mettre en garde les
syndicalistes sur les dangers que représentaient les intellectuels pour le
mouvement syndical (11).
Pour Georges Sorel «ces intellectuels, mal-payés, mécontents ou peu occupés ont eu l’idée vraiment
géniale d’imposer l’emploi du terme impropre de prolétariat intellectuel : ils
peuvent ainsi facilement se glisser dans les rangs du prolétariat industriel».
Dans la période la plus récente, des courants
comme
Plus généralement, tous les groupes et partis
de tradition communiste ont insisté simultanément sur l’incapacité des salariés
à parvenir par eux-mêmes à une conscience socialiste et sur le rôle
indispensable des intellectuels déclassés dans le parti révolutionnaire.
On est bien loin des paroles de
l’Internationale, quand ce chant historique du mouvement ouvrier proclamait :
«Il n’est pas de sauveur suprême,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons nous nous mêmes,
Décrétons le salut commun».
Quelle peut-être la place des intellectuels
et des personnes issues de l’encadrement capitaliste dans le mouvement social ?
Alain Bihr, lui même universitaire, esquisse des
éléments de réponse en expliquant qu’il s’agit avant tout d’adopter une
position ferme en défense des plus défavorisés et en invitant les intéressés à «trahir
leur classe» (opus cité).
Plus concret, le sociologue Pierre Bourdieu
quant à lui propose de construire un nouveau type de lieu permettant la
rencontre et la collaboration entre militants et scientifiques, sans que ni les
uns ni les autres ne soient instrumentalisés (12).
On ajoutera que tous les membres de la
société peuvent et doivent participer à l’action pour l’organisation de
l’ensemble de la société dans une perspective émancipatrice, à commencer par
les couches les plus défavorisées.
Mais dans ce cas, la relation entre les
éléments les plus conscients (et disposant généralement du bagage culturel le
plus important) et les autres n’est pas une relation d’endoctrinement mais de
dialogue et d’enrichissement mutuel. En dernière instance, le pouvoir de
décision doit revenir à la majorité. C’est pourquoi les partisans de la
conscientisation sont généralement parmi les plus fervents défenseurs de
l’autogestion et de la démocratie.
Le dialogue
Non seulement le langage est à l’origine du
changement, mais il est constitutif des normes et des valeurs de toute
communauté. Seule une pratique nouvelle de l’échange et de la discussion
permettra d’entrevoir la vérité (13). La question de savoir qui parle, qui dialogue
avec qui, devient alors une question fondamentale pour la démocratie
émancipatrice.
C’est pourquoi la réflexion sur l’enquête conscientisante et la prise de parole a été pour les
militants solidaristes un élément essentiel dans leur rupture avec les
déviations propagandistes de la gauche.
C’est ainsi qu’après avoir connu plusieurs
échecs, l’Association populaire d’entraide a placé le dialogue comme premier
pas dans la relation entre les militants et les personnes ayant une conscience
soumise.
Il s’agit là d’un dialogue au sens premier,
d’une discussion entre deux personnes et pas plus. En effet, on ne passe pas
facilement du silence et de la soumission à un débat collectif. Le dialogue est
donc un point de départ, un premier pas qui débouchera on l’espère sur
d’autres.
Naturellement, ce dialogue tel qu’il est
pratiqué n’est en aucun cas une méthode d’endoctrinement ou d’assujettissement
à des idées particulières, à la différence du travail de «bouton de veste» ou
de «suivi individuel des contacts» pratiqué par les
sectes politiques.
Il ne part pas de la parole de l’association
pour en faire la base de la discussion, mais au contraire de la parole de
l’autre, de ses désirs et des choses ressenties.
Ce dialogue n’est donc pas un acte de propagande
mais il n’est pas non plus un simple échange d’opinion entre gens de bonne
compagnie. C’est un acte créateur.
«Il n’y a ni ignorants ni savants absolus :
il y a des hommes qui, ensemble, essaient de savoir davantage» (Paolo Freire,
opus cité). S’il s’agit de dialogue et non d’une relation à sens unique, le
militant utilisant la méthode de l’enquête ou du questionnaire ouvert
(questions n’impliquant pas de réponses prédéfinies) est en position
d’apprendre.
Cela implique une compréhension profonde du sens
de la démarche et une volonté de comprendre l’autre autrement que d’une manière
statistique, comme un objet d’étude. C’est la grande différence entre l’enquête
dialoguante telle qu’elle est pratiquée par
l’Association populaire d’entraide et le travail d’un sociologue.
Vouloir dialoguer, ce n’est pas simplement
vouloir savoir pour pouvoir contrôler, c’est avant tout vouloir se changer
soi-même au contact de l’autre.
«Les erreurs commises par un mouvement
ouvrier vraiment révolutionnaire sont historiquement infiniment plus fécondes
et plus précieuses que l’infaillibilité du meilleur Comité Central» disait
Rosa Luxembourg avec les mots de son temps (14).
Aujourd’hui, alors que des dizaines de
milliers de militants politiques, syndicaux ou associatifs cherchent une
alternative aux échecs manifestes du communisme stalinien et d’un socialisme
corrompu par l’exercice du pouvoir, les pratiques autogestionnaires peuvent
offrir de riches idées pour un renouveau.
L’enquête n’est naturellement qu’un aspect de
celles-ci. Elle mérite toutefois qu’on s’y intéresse en profondeur dans la
mesure où c’est un des moyens les plus sûrs de renouer avec des pratiques de
terrain dont on parle beaucoup mais que peu mettent réellement en oeuvre n
(1) Dictionnaire «Petit
Robert» 1974
(2) Raymond Debord : «Parti et masses, Rosa Luxembourg contre Lénine en
1905» (in. Prométhée n°35, 1998)
(3) Mao Zédong : «de la
pratique» in Ecrits choisis en trois volumes, vol. 1 (éd. Maspéro
1976)
(4) Eric Hobsbawn : l’âge des extrêmes, histoire du court XXème siècle (éd. Le Monde Diplomatique / Complexe 2000)
(5) Patrick Kessel : le
mouvement maoïste en France , tome 1 (éd. 10/18 1978)
(6) Michael Löwy : «marxisme et théologie de la libération» (Cahiers
d’étude et de recherche n°10, 1998)
(7) Paolo Freire :
Pédagogie des opprimés (éd. Maspéro 1974)
(8) Bernard Cassen : «Démocratie participative à Porto Alegre» (in. Le Monde diplomatique, août 1998)
(9) Colette Humbert :
conscientisation, expériences, positions dialectiques et perspectives (éd.
L’Harmattan)
(10) Alain Bihr : entre bourgeoisie et prolétariat ,
l’encadrement capitaliste (éd. L’Harmattan)
(11) Article «l’avenir
socialiste des syndicats», reproduit dans : Larry Portis Georges Sorel, présentation et textes choisis (éd.
(12) Pierre Bourdieu :
contre feux 2 (éd. Raisons d’agir, 2001)
(13) Jürgen Habermas :
vérité et justification (éd. Gallimard, 2001)
(14) Article de 1905 «Centralisme et démocratie»,
repris en annexe à «Réforme ou révolution (éd. Spartacus, 1972)
Qu'est-ce que la
conscientisation ?
Raymond Debord
Version rédigée d'un exposé présenté en juin 2004 sur
la base du document "la conscientisation" édité par le Collectif québécois de conscientisation
Définition de la conscientisation : "Processus d'apprentissage et d'interinfluence entre des groupes de personnes de la classe
populaire, immergées dans des situations d'exploitation, de domination et
d'aliénation, et des intervenantes et intervenants intérieurs ou extérieurs à
la classe populaire, interpellés par ces situations et visant à les changer
dans une interaction dialectique avec un processus plus global de
transformation politique de la société" (Collectif de
conscientisation).
Cette
définition, au style reconnaissons-le assez lourd, exprime bien l'originalité
de la démarche à laquelle nous participons et qui opère une double rupture : 1° rupture avec une compréhension du changement social comme
relevant principalement de la lutte des idées ; 2° rupture avec la
défense des intérêts populaires privée de débouché en terme de changement.
Si
l'homme n'est pas le "Sujet" avec un grand "S" de
l'histoire (ni d'ailleurs le Prolétariat avec un grand "P") il est un
sujet, un acteur dans l'histoire qui est celle de la lutte des classes
(1). Le point de départ de la méthode de la conscientisation est la prise en
compte de ce principe, de cette situation. Sauf à prétendre faire le
bonheur des gens malgré eux, une pratique militante doit partir de l'action
pour que chacun de ceux qui souffrent s'engagent dans l'action.
Comment
imaginer un processus de lutte et de libération dont les principaux intéressés
seraient quasiment exclus ? C'est pourtant la pratique quotidienne de nombre de
lourdes bureaucraties associatives, syndicales ou politiques qui confient aux
dirigeants la définition des orientations et à la base le collage des
affiches... Ce qu'on appelait au début du XXe siècle "la politique des
chefs". Celle-ci est strictement antinomique de la pratique conscientisante dont le point de départ est la prise de
parole par les personnes exploitées ou opprimées.
On ne se libère pas seulement avec des idées, mais en posant des actes
qui eux mêmes contribueront à modifier les consciences. On ne se libère pas
seulement en définissant un projet pour une société meilleure, mais en
cherchant des réponses immédiates aux questions immédiates. A la différence d'une minorité infime d'intellectuels
ou de gens passionnés à titre personnel par la politique, la philosophie
(catégorie dans laquelle peut se reconnaître l'auteur) la masse des gens ne
fait le choix du changement que si elle y est contrainte par sa
situation personnelle et y voit le moyen tangible de la changer.
Adopter
la démarche conscientisante c'est faire le choix
d'intervenir dans le réel pour provoquer une intersection entre des questions
sociales appelant des réponses immédiates et une perspective générale dont les
grands traits nous sont enseignés par l'expérience (à commencer par celle des
masses elles-mêmes).
Il
faudrait naturellement se garder de toute impression tendant à réduire la
conscientisation à l'inculcation de quelque chose, séparant les gens entre
"conscients" et "inconscients", faute de quoi on risquerait
de retomber dans une pédagogie "descendante" : la conscientisation
n'a ni commencement ni fin.
Mais
cela ne signifie pas que nous n'ayons pas à porter quelques jugements et tenter
d'opérer quelques classifications au regard du point qui est le nôtre : celui
d'un groupe, d'une fraction du mouvement social et du mouvement historique du
salariat ayant une expérience et une grille d'analyse spécifique liée à
celle-ci.
On
ne peut pas agir sans savoir pour commencer à qui on s'adresse. Ceci peut
paraître d'une grande banalité et pourtant qui s'en préoccupe réellement ?
Lors
de la manifestation du 1er mai 2004, j'ai été frappé par un tract co-signé par
plusieurs petits groupes se voulant révolutionnaires (par ailleurs amis de
l'Association populaire d'entraide). Je ne discuterais pas ici du fond de ce
qui était exposé mais de la forme, qui m'a frappée et qui constitue un assez
bon contre-exemple par rapport à la méthode que nous préconisons. Ce tract
était d'abord un véritable "casse croûte" contenant plusieurs
milliers de signes serrés recto-verso et sans place
pour la moindre illustration. Ensuite il critiquait les organisations d'extrême-gauche en s'adressant à leurs électeurs, si ce
n'est à leurs adhérents. Pourtant, il était diffusé à des dizaines de milliers
de travailleurs, généralement syndiqués, dont on peut penser que moins de 10 %
étaient concernés d'une manière ou d'une autre par le débat...
Se
préoccuper de savoir à qui on s'adresse implique donc une typologie, dont
Colette Humbert nous propose une approche que nous reprendrons dans les grandes
lignes (2).
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LES QUATRE NIVEAUX DE CONSCIENCE |
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CONSCIENCE
SOUMISE |
- fatalisme,
résignation, sentiment de culpabilité - soumission au
jeu de forces perçues comme irrationnelles - intégration
passive dans l'ordre social établi - traditionalisme - non-perception des rapports dialectiques entre la nature
et l'homme, la culture et l'homme, l'histoire et l'homme. |
|
CONSCIENCE
PRE-CRITIQUE |
- émergence
comme sujet -
insatisfaction du statu quo - ressentiment
confus et global contre les privilégiés - passage d'une
solidarité familiale ou communautaire à une solidarité plus large - Remise de ses
intérêts à de nouveaux notables, à de nouvelles autorités |
|
CONSCIENCE
CRITIQUE INTEGRATRICE (ou "réformiste" comme l'a nommée une
camarade de l'Association populaire d'entraide) |
- volonté de
déterminer son propre devenir - volonté de
compter sur ses propres forces et ses potentialités - passage à une
solidarité socio-professionnelle d'intérêts
(syndicalisme) - passage du
"perçu" à l'analyse - volonté de se
poser en partenaire des pouvoirs dominants - acceptation
des structures hiérarchiques autoritaires, du fonctionnement
institutionnel... |
|
CONSCIENCE
CRITIQUE LIBERATRICE |
- clarification
de sa propre position socio-politique, en
particulier chez les membres de la petite-bourgeoisie
ou de l'appareil d'encadrement capitaliste - recherche de
nouvelles relations interpersonnelles et de nouveaux rapports sociaux - dialectique
permanente action/réflexion/action |
Pour
le militant utilisant la méthode de la conscientisation, l'action collective
(but recherché à court terme) ne peut exister sans qu'on parte de l'individuel,
du personnel, et qu'on lui laisse toute sa place. Ceci vaut pour le public visé
mais aussi pour les animateurs. Un camarade de l'association se plaignait
récemment que "chacun fasse ce qu'il veut" en son sein. C'est
un fait qu'une bonne organisation et une discipline élémentaire sont
nécessaires. On peut même dire que plus les tensions sociales vont
s'intensifier et plus l'affrontement avec le pouvoir s'intensifiera, plus la
discipline sera nécessaire. Pour autant, est-il possible de construire à froid
une organisation populaire, donc une organisation à vocation de masse, sans
laisser à chacun le plus de place possible pour l'expression de ses talents, de
ses envies, etc ? Ce n'est pas possible.
L'élitisme
n'est pas la solution et les pratiques activistes comme les logiques sectaires
ne conduisent qu'à l'affaiblissement et à l'exclusion de l'organisation
populaire elle-même de ses membres les plus opprimés. La question de la place
des femmes est de ce point de vue particulièrement révélatrice. Plus vous vous
éloignez du concret, du social pour aller vers l'abstrait, le politique au sens
politicien, et moins vous avez de femmes ! Est-ce que parce que les femmes sont
plus "aliénées" que les hommes ? Non : c'est parce que les hommes
sont plus aliénés que les femmes ! Et que les femmes se reconnaissent moins que
les hommes dans un certain mode de débat, dans certains goûts pour le pouvoir, etc.
Quant aux normes organisationnelles, c'est limpide : plus vous les durcissez
plus vous éliminez mécaniquement les femmes (mais aussi les ouvriers, les gens
en charge de famille etc).
L'organisation
se doit donc d'être un collectif agréable, de dispenser un accueil chaleureux.
Elle se doit de favoriser les échanges informels entre ses membres
(constitutifs de démocratie et de formation) et de permettre à chacun de
trouver sa place, en s'adaptant de manière volontaristes aux différents niveaux
de conscience et aux différentes aspirations de ses membres. Elle ne doit pas
hésiter à créer des moments d'échanges récréatifs ou festifs.
Dans
la période récente, les sociologues de toutes tendances ont écrit des milliers
de pages sur le délitement du lien social dans les quartiers, la disparition
des anciennes solidarités ouvrières, etc. D'autres intellectuels ont glosé sur
le recul voire la disparition de la conscience de classe, donc des formes de
représentation collective du monde. Que faisons-nous quand nous organisons une
initiative conviviale comme la journée à la mer annuelle, si ce n'est agir
concrètement sur ces questions ? On le voit très bien à la lecture des
commentaires des participants, en particulier d'une amie qui dit "j'ai
senti qu'on était une seule famille" (3). A partir d'une simple
sortie, l'association agit pour re-composer un groupe sur des bases nouvelles.
Ce faisant elle contribue (à une échelle certes moléculaire) à tisser du lien
entre des gens qui pour partager la même situation socio-économique n'en sont
pas moins renvoyés à l'isolement et à la solitude par le système.
L'affaiblissement
des organisations politiques et syndicales, des associations, place les
militants dans une situation relativement inédite : celle d'avoir à
reconstruire des organisations de masse à partir de la base. Pour ce faire, il
ne suffit pas d'avoir de bonnes "idées" ou un bon
"programme" mais aussi une orientation et des méthodes d'action
adaptées.
Il
faut en premier lieu prendre en compte les caractéristiques socio-culturelles
du public auquel on s'adresse. Il s'agit là d'un point essentiel, sur lequel
l'expérience manque encore cruellement. Prenons quelques exemples tirés de la
pratique de l'association. Le premier concerne le bulletin Militant. Nous
éditons un bulletin, des brochures, des tracts. Les uns comme les autres sont
conçus de manière à prendre en compte le niveau de conscience des gens auxquels
ils s'adressent. Pour autant, nous avons dans l'association ou à sa périphérie
des gens qui ne savent pas lire le Français, voire pas lire du tout. De fait,
ils sont très peu pris en compte. Le faire serait de s'appuyer de manière plus
explicite sur l'oralité et utiliser des outils adaptés (cassettes audio ou
vidéo, etc.). Quand une camarade nous fait part de son intention de faire de
l'alphabétisation dans un foyer et nous demande si c'est assez "politique",
la réponse immédiate est "oui, bien sûr, c'est très politique".
Il y a un rapport direct entre la volonté d'organiser les gens et la mise en
place d'outils leur permettant de mieux se situer dans la société, d'accéder à
la langue française, à l'écrit, etc. Dans un autre registre, il est strictement
impossible de faire abstraction de la religion des gens, par exemple de la
religion musulmane dans les milieux qui nous intéressent. Il suffit d'observer
la chute de la participation aux réunions dans les périodes de Ramadan pour le
constater. On pourrait en dire autant de la "trève
des confiseurs" entre Noël et le jour de l'an pour une autre catégorie du
public. Voici une réalité à laquelle on ne peut se soustraire. Mais prendre en
compte la culture, ou la religion, va bien au delà de simples ajustements
"techniques". Il s'agit d'identifier les éléments qui peuvent servir
de point d'appui pour notre action (refus de la spéculation dans l'Islam, etc).
Travailler
avec les masses impose de ne pas laisser les gens expérimentés monopoliser le
débat. C'est là un point crucial qui mérite toute notre attention. Non
seulement les militants chevronnés sont trop bavards (à commencer par l'auteur
de ces lignes...) mais il ne suffit pas qu'ils se taisent pour que le silence
soit brisé par l'émergence d'une parole de "la base". Ce serait
simple mais ce n'est pas comme çà que se passent les choses : la parole des
"sans-voix" ne s'impose pas d'elle même :
elle se suscite par divers moyens. Et elle ne fait pas sens d'elle-même
: elle ne fait sens que si elle est interprétée collectivement par le groupe,
si les idées sont analysées et systématisées. Ce point essentiel fera l'objet
du second exposé de ce cycle.
En
tout état de cause, un militant expérimenté ne doit pas confondre une réunion
populaire avec une arène parlementaire ou celle d'un groupe avant-gardiste. Son
problème principal n'est pas de faire valoir coûte que coûte son point
de vue (aussi juste soit-il) mais de faire participer les gens et d'être en
mesure de comprendre ce qu'ils veulent dire, au delà même des mots qu'ils
formulent.
Alors
que la méthode "descendante" ou "propagandiste" consiste à
partir du général (des théorisations sur l'état du monde, les mesures à prendre
etc) pour aller à la rencontre des gens, la
conscientisation par du particulier pour aller vers le général. Elle part d'une
problématique individuelle, locale ou sectorielle pour aller chercher les causes
derrière les faits et dégager des perspectives globales.
C'est
à partir des problématiques concrètes qu'elle rencontre que l'organisation
populaire établit sa stratégie et ses tactiques, repère des alliés et construit
des fronts communs. Ce processus est parallèle à la réflexion sur l'origine des
difficultés rencontrées et l'élargissement des horizons des participants. Dans
ce processus, la rencontre avec d'autres militants, les voyages etc peuvent jouer un rôle important.
Nous
avons parlé plus haut de l'importance du fait culturel. Ceci vaut aussi au
niveau inter-personnel et dans les relations de
l'animateur avec un groupe, surtout s'il ne partage pas la même culture. Un
Français militant avec des Maliens ne s'en sortira pas s'il ne comprend pas le rapport
très différent au temps qu'ont les Africains. Il ne comprendra pas non plus
comment l'importation d'un système "tribal" surdétermine le
comportement de tous les membres du groupe, par exemple chez les résidents des
foyers.
Le
militant n'est pas quelqu'un qui adopte la posture du missionnaire. C'est
quelqu'un qui, voulant changer les gens, est d'abord prêt à se changer
soi-même. Il en découle naturellement des tâches individuelles et collectives :
"Le
groupe intervenant doit mettre à jour ses propres aliénations, car la pédagogie
de la conscientisation s'adresse tout autant aux conscientiseurs
qu'à la population concernée. Il s'agit pour eux, ni plus ni moins, en se
mettant aux côtés des classes populaires, de travailler à leur propre
libération. C'est ainsi seulement qu'ils pourront sortir du paternalisme et de
la mauvaise conscience, signes d'une position sociale ambigüe
entre l'aménagement du système et la lutte avec les opprimés" (Colette
Humbert).
L'objet du changement social n'est pas
la simple amélioration des conditions de vie des plus démunis. Il est la
modification des rapports sociaux dans leur ensemble et l'abolition de toutes
les distinctions de classe. Dans ce sens, le changement ne concerne pas que les
groupes défavorisés mais l'ensemble des gens, y compris ceux qui peuvent être
perçus (ou se percevoir) comme relativement "privilégiés" par rapport
à d'autres.
Quand nous disons que "seul le prolétariat ira
jusqu'au bout" dans la lutte cela veut dire qu'il est la seule classe
social qui, en tant que telle, n'ait rien à perdre mais au contraire tout à
gagner au changement et à l'abolition du salariat. Cela ne veut nullement dire
que l'on prête au prolétaire, à fortiori s'il s'agit du prolétaire individuel,
des vertus particulières par rapport au reste des gens.
En participant au mouvement social, un intellectuel
ou un cadre peut non seulement oeuvrer pour les autres mais aussi pour lui-même
: seule une société débarrassée de l'exploitation capitaliste permettra de
mettre fin à la marchandisation des relations humaines et à toutes les
oppressions.
Mais une personne participant si ce n'est de la
classe dominante mais au moins de l'encadrement du système doit impérativement
clarifier sa propre position pour prendre place dans la lutte prolétarienne.
Faute de quoi le risque est que des couches sociales "intermédiaires"
défendent leurs propres intérêts particuliers tout en prétendant parler au nom
des couches populaires voire en se parant des couleurs du "socialisme"
etc. Ce danger n'est pas virtuel : agir ainsi a été la pratique dominante des
partis et organisations développant une idéologie étatiste des années 1930 à
aujourd'hui.
Toute ambiguïté sur la position de chacun étant
levée, il n'est nullement question de demander aux gens d'abandonner leur
position sociale. La société dont nous voulons n'a rien à voir avec le
nivellement par le bas et il n'est pas question de prêcher une idéologie
néo-religieuse qui demanderait à ceux qui ont eu la chance d'avoir un salaire
convenable ou un métier intéressant de "se faire pauvre parmi les
pauvres". Chacun entre donc dans l'action avec son passé et ses propres
contradictions, mais en poursuivant un but commun.
L'animation d'une organisation populaire importe de
rompre avec l'impressionnisme pour mettre en oeuvre des outils permettant une
analyse rationnelle du public visé et des phénomènes sociaux ou idéologiques.
De ce point de vue le complément indispensable de la conscientisation est
l'enquête (4).
Cherchant non pas à endoctriner mais à mettre des
expériences en partage, l'animateur aura grand soin d'éviter tout ce qui peut
ressembler à une "méthode descendante". De ce point de vue il est
déterminant de savoir aller au rythme des gens, respecter la maturation des
esprits et des débats, etc. Mieux vaut ne pas diffuser un tract dans une
manifestation que de le sortir sous la seule responsabilité de l'animateur d'un
groupe. Mieux vaut laisser mûrir une question que de la trancher de manière
trop hâtive. C'est ainsi que l'association a procédé en publiant des documents
sur des thèmes comme l'ouverture des frontières ou le foulard islamique, sans
trancher dans un premier temps (5). En
L'auto-critique n'est pas le fort des organisations, quelle
que soit leur nature. C'est encore moins le fort des militants
individuellement. Pourtant, il n'y a pas de processus de conscientisation sans
bilans collectifs et y compris sans bilan collectif des attitudes individuelles
des animateurs. Nous n'en sommes pas encore là, du moins pas tous, la méthode
de travail que nous proposons n'étant pas encore totalement assimilée et
partagée par tous nos animateurs, au moins les plus "récents" dans
l'association. J'espère que cet exposé y contribuera.
20/07/2004
Notes
(1)
Dominique Cornet : "la notion de lutte des classes" (in
Militant n°5, juin 2004)
(2)
Colette Humbert : "la conscientisation" (éditions L'Harmattan,
épuisé)
(3)
"Impressions
de nos voyageurs après une journée à Trouville",
propos recueillis par Mohamed Rami
(4)
Raymond Debord : "enquête
et conscientisation" (2001)
(5)
Raymond Debord "faut-il
revendiquer l'ouverture des frontières ?" (2004) Roger Paturaud "libre circulation
des personnes" (2004) Raymond Debord "à propos de
la loi sur la laïcité" (2004) Roger Paturaud
"le
voile en marche en Europe" (2004).
Sur
le même sujet :
-
Dominique Cornet : "le processus
de conscientisation" (2001)
-
Association populaire d'entraide : "plan de
formation" (2004)