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« PETITE HISTOIRE-GRANDE HISTOIRE »

Un outil d’éducation populaire

 

 

 

TABLE DES MATIERES

 

 

A.    Déroulement, comment ça se passe ?. 2

1.     Temps d'écriture individuelle. 2

2.     Collecte. 2

3.     Exploitation : Questionnement des représentations, transmission d’expériences. 3

B.     Pourquoi l’exercice petite histoire – grande histoire comme méthode d’éducation populaire ?. 4

1.     Non neutralité de nos métiers d’éducation populaire comme postulat de base. 4

2.     Le récit « contre » l'argumentation : une posture d'éducation populaire. 4

3.     Un rapport au savoir ! 5

4.     Un outil anti-fataliste. 5

6.     La transmission. 6

7.     Redonner du relief politique à nos vécus en restaurant les conflits, les clivages. 6

8.     Collectif libérateur. 6

9.     Repérer des déterminismes sociaux: 7

10.       L'exemplarité. 7

11.       Partir de soi plutôt que des préjugés sur les gens. 8

12.       L'anti/utilitarisme. 8

C.    Ce qu’on peut faire par ailleurs entre des phases de collectes ou à l'issue de la collecte. 8

D.    Quelques repères quant à la posture d'éducateur populaire : 8

1.     Appel aux témoignages, aux récits de vie. 9

2.     Dimension libératrice. 9

3.     Implication. 9

4.     Confiance et confidentialité. 9

5.     Formation. 9

6.     Collectif 9

7.     Transformation(s) 9

E.     Quelques constantes, invariants que nous avons pu repérer.  ?. 10

F.     Éléments bibliographiques. 12

 


 

A.     Déroulement, comment ça se passe ?

 

 

1.      Temps d'écriture individuelle.

 

Le premier temps consiste en une consigne d'écriture individuelle pour réaliser son récit personnel, de formation et professionnel, depuis sa naissance  jusqu'à aujourd'hui. (45 mn à 1 heure au calme) :

                        « A partir de votre année de naissance : notez l’année, et au moins deux colonnes « petite histoire » et « grande histoire ». Qu’est ce qui vous a amené là ? Qu’est ce qui a été constitutif de vos valeurs, de votre conscience du monde, ou vous a construit comme adulte, ….en incluant bien sûr des événements positifs ou négatifs (un échec peut donner lieu à un tournant).

 

La « grande histoire » peut être, du moins au début, difficile à cerner, par « grande histoire » nous entendons tout ce qui peut avoir une dimension collective, il ne s'agit pas nécessairement de trouver des éléments qui porteraient le « label » politique. La grande histoire, ce peut être, un livre, un événement sportif, quelque chose qui nous a marqué à la télévision. A noter que la grande histoire n'est pas non plus nécessairement universelle, le collectif peut se situer à l'échelle de notre village !

 

 

Variante :

Dans les méthodes de formation qui s’appuient sur les récits de vie il existe aussi « les autobiographies raisonnées », on peut dans le cadre de la méthode PHGH mixer avec certains éléments de cette autobiographie. Notamment en rajoutant une troisième colonne destinée à travailler sur une expérience particulière, par exemple l’école.

 

 

2.      Collecte

 

 

Suite à ce premier temps autobiographique des participants, commence le travail de collecte d’éléments clefs de son parcours de vie, de ce qui fait la personnalité de chacun, ses valeurs, les événements personnels comme ceux de la grande histoire, … sur une grande fresque dans la salle de formation.

 

Pour faire cette collecte, de nombreuses consignes ont été essayées suivant le temps disponible, la taille du groupe ou les objectifs précis du stage. Il s'agit de savoir comment et combien d'éléments sont recueillis, combien de temps on laisse aux participants pour les raconter, si il faut alterner l'exercice avec d'autres consignes pour éviter l'ennui, quelle alternance entre PG et GH, faut-il que les anciens aient plus de temps de parole etc. En temps qu'animateurs/formateurs ces questions devront se poser avant, même si une des postures d'animateur d'éducateur populaire que nous défendons consiste à privilégier ce qui est vécu sur ce qui est prévu....et cette posture nous semble d'autant plus nécessaire dans le cadre d'un exercice tel que celui ci!

 

Dans la « petite histoire grande histoire » que nous avons vécue, nous vous avions demandé de repérer après l’écriture de votre tableau 5 ou 7 éléments de la petite et de la grande histoire qui vous semblaient important de raconter. Ensuite on peut être souple sur ce qui est du ressort de la grande ou de la petite histoire, il nous semble cependant important de conserver la contrainte de l'histoire collective pour que le récit de vie ne tienne pas dans un exercice autocentré ou psychanalytique!

 

 

 

Remarque

 

 Ces derniers temps, nous avons ajouté comme consigne que ça ne soit pas la même personne qui parle et écrit en même temps. L'essai nous semble concluant, cette consigne permet de solliciter un peu plus d'attention, permet à la personne qui parle de n'être concentrée que sur le récit et parfois permet qu'une connivence s'instaure dans ce binôme : il peut y avoir quelque chose de fort à « écrire » la vie d'un autre.

 

Il semble que la consigne PHGH fonctionne mieux dans un lieu chaleureux, qui porte un peu d'histoire sur ses murs, plutôt que dans une salle neuve et aseptisée.

 

 

Au minimum nous avons fait tenir cette consigne sur une journée, mais le mieux c’est de prendre plusieurs demi-journées, en intercalant d’autres temps de formation de registres différents.

 

 

 

 

3.      Exploitation : Questionnement des représentations, transmission d’expériences

 

Le troisième temps est une consigne d’exploitation de la fresque (de nos petites et grandes histoires) : chacun prend un temps individuellement pour noter, analyser, ce qu’on lit dans cette fresque à partir de la question suivante :

 

Qu’est ce que vous lisez, repérez, dans cette fresque comme éléments déclencheurs de votre engagement ? Repérage des moments où l’on s’est réalisé ou au contraire nié.

 

 

L'exploitation de cette consigne est encore au sein du Pavé en discussion – et pourvu que ça dure!

 

L'une des exploitations possible est de repérer dans la fresque des éléments qui ont pu être les moteurs d'investissements ou des freins à des investissements pour nous même. Après ce repérage, le travail a consisté à tenter de réinscrire ces moteurs et éliminer ces freins dans nos pratiques d'éducateurs populaires, pratiques professionnelles ou militantes avec le postulat que ce qui avait marché pour nous pouvait marcher pour d'autres (vous trouverez un ensemble de freins et atouts repérés en fin de document)

 

Une autre utilisation de cette consigne a donné lieu à l'écriture d'un spectacle conçu et joué par les participants à cette consigne...(Cf Inculture(s) 3 sur l’engagement et 6 sur l’école[1]).

 

Mais, il reste en débat la question de l'intérêt d'une exploitation rationnelle. Alors que nous sommes nombreux à reprocher un monde de la vitesse, de la productivité et de l'utilitarisme, peut être est-il bon que nous nous interrogions sur la pertinence de l'exploitation nécessaire d'une consigne qui en nous a provoqué en tant qu'expérience de vie des chose... par ailleurs n'est t-il pas possible qu'en tentant d'exploiter, de rationaliser  ces récits on n’en vienne pas à  détruire des appréhensions non rationnelles, affectives qui sans être conscientisées agissent sur nous. Et puis, au regard de la rareté de tels moments, la tentation de l'exploitation pourrait nous interroger sur notre rapport à la gratuité, à l'écoute de l'autre. Combien de fois prenons nous dans notre vie le temps d'écouter simplement ?

 

 

Dans tout les cas il reste que cette consigne nous intéresse pour les raisons suivantes:

 

 

B.     Pourquoi l’exercice petite histoire – grande histoire comme méthode d’éducation populaire ?

 

 

1.                  Non neutralité de nos métiers d’éducation populaire comme postulat de base.

L’éducation n’est pas neutre, elle est politique. Aucune éducation ne peut se prétendre neutre, toute éducation relève d’intentions même si elles sont plus ou moins conscientes.

 

Cet outil peut permettre aux gens qui le pratiquent la prise de conscience qu'un certain nombre de leurs choix ont été mus par des convictions ou un ancrage idéologique (la famille, groupe de pairs etc. ).

 

C'est parce que nous prétendons qu'il ne faut pas taire ses convictions, au contraire, dans nos pratiques professionnelles qu’il nous semble important que les travailleurs de l'éducation soient conscients de celles-ci, repèrent leurs valeurs. C'est un outil qui permet aux valeurs des uns et des autres d'être incarnées dans des actes.

 

En effet, alors même que nous passons beaucoup de temps à tenter dans des groupes de définir des valeurs communes nous pensons que c'est moins les mots que les actes qui comptent. En proposant à des stagiaires de se raconter plutôt que de raconter ce qu'ils pensent, les stagiaires ont la possibilité de dire ce qu'ils sont ou ce qu'ils pensent en disant ce qu'ils font.

 

 

2.                  Le récit, raconter avec ses mots : une posture d'éducation populaire.

 

            A ce titre, c'est aussi une démarche d'éducation populaire que de demander au gens de se raconter. En effet, y compris dans l'éducation populaire nous proposons souvent aux gens de dire ce qu'ils pensent sur un registre argumentatif abstrait, or nous savons que ce registre n'est pas partagé par tout le monde de la même façon, qu'il est stigmatisant et potentiellement excluant ; cette méthode permet aux gens d'exprimer des idées sans entrer dans un discours conceptuel. Ce constat est d'autant plus vrai que certains mots peuvent être porteurs de sens galvaudés ou péjoratifs quand bien même nous les défendons. Ainsi, poser la question du sens de ses actions, de l'engagement ou du politique a pu être  rédhibitoire pour certain alors même que le récit qu'ils faisaient de leur vie exprimait clairement ce que d'autres auraient nommé « politique ».

 

 

 

3.                  Un rapport au savoir !

 

L’éducation populaire passe par la confiance, critique, organisée, rigoureuse, dans les savoirs populaires (contrairement aux savoirs officiels, dominants, prédéterminés).

 

D’ailleurs les fameux cercles de culture (mouvement ouvrier), ou pédagogie de Paulo Freire, l’un des ancêtres de l’éducation populaire, étaient basés sur la déhiérarchisations des savoirs (donc des pouvoirs) : tout le monde sait, a une histoire, des choses à dire, sa vision et compréhension du monde qu’il a vécu… personne n’est dupe…

 

En proposant aux gens de parler de leur vie, on met les personnes d'emblée sur un point de départ égalitaire. En effet, si en les interrogeant sur un autre sujet on peut induire des écarts du fait « d'inégalité de savoir », en demandant aux gens de parler de leur vie, on les met dans une posture où tout le monde a quelque chose à dire.... par ailleurs, autant, les opinions, idées sont facilement critiquables, hiérarchisables autant il nous est beaucoup plus dur de juger/discuter d'une quelconque « mesure » des vies et c’est tant mieux.

 

…. Évidement cette remarque est nuancée par la durée de vie des personnes quand de grands écarts d'âges existent chez les participants à la consigne.

 

 

4.                  Un outil anti-fataliste

 

Cet exercice autobiographique est un outil anti-fataliste, pour faire travailler nos imaginaires politiques. Il sert à vérifier la dimension historique de toute réalité, ce qui peut se faire, peut se défaire et inversement. On veut nous faire croire qu’il n’y a qu’une façon de faire et d’être, un seul avenir, capitaliste. Rien n’est pourtant figé ni sans histoire : c’est un exercice pour mieux comprendre les transformations du monde dans lequel nous vivons, contre la naturalisation du monde social, pour redonner l’espoir de transformer la société radicalement. Rouvrir le champ des pensables c’est rouvrir le champ des possibles.

 

            En effet, en faisant cet exercice de mettre en parallèle son histoire avec une histoire collective, ont peut se rendre compte en quoi notre histoire fait aussi partie de la grande histoire (en fait, on désacralise aussi cette histoire des grands hommes  qu'on apprend à l'école, qui nous est extérieure ), on s'en rend compte d'une part en croisant notre histoire avec des événements de la grande, en se rendant compte que cette dernière a pu  agir sur nos choix mais aussi en se rendant compte que nous partageons une manière de penser, des souvenirs – qui du coup deviennent historiques – avec d'autres. Ainsi, si l'histoire a pu agir sur nous, c'est que nous pouvons aussi agir sur elle, elle ne nous est pas extérieure.

5.                  La transmission

 

 Parce que les générations ne se parlent plus, parce qu’on n’apprend pas l’histoire du mouvement ouvrier et social à l’école nous défendons la nécessité de la transmission d’une culture politique, associative, militante… entre les générations. Nous constatons une censure sur les histoires militantes, un déficit de transmission de culture politique. Combien d’entre nous osent se raconter, nommer leurs engagements, leurs émotions politiques, leurs petites et grandes résistances, les événements qui ont marqués leur vie, leur orientation professionnelle…

 

  Cet exercice de transmission nous semble fondamentale à double titre, parce qu'il permet aux jeunes générations de comprendre pourquoi des institutions (partis, syndicats, système de santé) ont pris la forme qu'elles ont aujourd'hui mais aussi parce qu'il permet aux anciennes générations (qui occupent par rapports aux jeunes plutôt les positions de pouvoir) ce qui peut les rebuter dans des manières traditionnelles de faire de la politique ou de s'engager.  

 

 

6.                  Redonner du relief politique à nos vécus en restaurant les conflits, les clivages.

 

Par l’exercice biographique, les récits font part des croyances, valeurs, enjeux portés par chacun, et dévoile, restitue aussi des rapports de domination, des conflits de valeur entre soi et des situations, ou des institutions, la grande histoire, ou entre les participants, ou nos propres contradictions. Contre le consensus, cet exercice est très précieux pour le travail de conscientisation, il donne de la matière pour des actions collectives.

 

 

7.                  Collectif libérateur

 

Dynamique d’un groupe, qui fait connaissance authentiquement… sortir des représentations « étiquettes » toutes faites sur les statuts des uns et des autres, faire la différence entre l’institution et la personne, entre le professionnel prescrit et désiré… Le système capitaliste passe son temps à diviser les gens pour mieux régner, à les isoler pour qu’ils ne réagissent pas. Cet exercice permet de passer de la solitude impuissante au collectif agissant.

 

 

A l'écoute des expériences des autres nous pouvons prendre conscience qu'à tel événement, tel phénomène, les autres ont pu être amené à réagir différemment, voir à l'opposé de la manière dont nous avons ou nous aurions réagi. A l'écoute du récit des autres nous pouvons être amené à vouloir débattre, à discuter l'interprétation de ces  autres or ce n’est pas l’objet de la consigne… en permettant aux individus de s'exprimer sans le « risque » du jugement exprimé nous nous trouvons en situation d’écoute qui ouvre la possibilité de revisiter nos jugements.

 

 

8.                  Repérer des déterminismes sociaux:

 

A travers l'écoute des récits de vie des autres nous nous rendons compte que nous ne sommes pas isolés dans notre manière de penser et d'agir, que souvent « les autres » peuvent avoir des interprétations sensiblement les mêmes que nous ou vécu des choses similaires à nous. En prenant conscience de cette réalité nous nous rendons compte que nous sommes en partie déterminés. Ça ne veut pas dire que nous n'avons pas notre libre arbitre, mais que  nous ne sommes pas responsables en totalité de ce que nous pensons.

 

C'est à deux titres que nous pensons l'intérêt de cette prise de conscience:

 

D'une part, il s'agit d'une prise de conscience qui devrait  « rabattre » nos égos, nous inciter à une certaine modestie quant à nos interprétations du monde surtout quand on les croit marginales. Mais plus que cette dimension morale, en matière de transformation sociale cette prise de conscience peut nous aider à nous positionner de manière collective. Il est notable que notre manière de penser, aussi anti-conformiste, alternative, révolutionnaire que nous pensons qu'elle soit, soit partagée par nos contemporains.

 

D'autre part, cette relativisation de notre libre arbitre peut nous aider à réévaluer notre part de responsabilité dans nos actions. En effet si d'autres personnes que nous ont été amenées à subir un certain nombre de choses dans leur vie, dans les mêmes circonstances que nous, c'est qu'alors, nous ne portions pas la totale responsabilité de ce que nous vivions. C'est par exemple à travers ce genre de consigne que des personnes ont pu se rendre compte que leur rapport douloureux à l'école était plus la résultante de leur appartenance à une classe sociale que le fruit de leur propre échec.

 

 

9.                              L'exemplarité

 

Alors que le conseil, même bien attentionné, peut être mal reçu, l'écoute de solutions éprouvées par d'autres face à des situations problématiques qui nous touchent, peut être salutaire quand nous nous rendons compte que ces solutions ont pu marcher chez l'autre. L'intérêt, une nouvelle fois de la consigne de récit de vie, est qu'elle permet d'incarner des faits et non de les défendre sur un registre argumentatif qui peut parfois être non-productif.

 

10.              Partir de soi plutôt que des préjugés sur les gens.

 

Alors même que de nombreux projets sont montés sur des postulats fictifs, des préjugés et des représentations, le passage par un récit de vie permet en formation de rappeler aux « monteurs de projet » en quoi il peut s'appuyer sur ses propres besoins, désirs, expériences pour anticiper les réactions de ceux pour qui il conçoit son aventure.

 

Certes il y a un risque d'auto-centrer les choses sur ses propres aspirations, il ne s'agit donc pas de ça, mais de faire prendre conscience qu'il nous arrive d'organiser des actions auxquelles nous même ne participerions pas.

 

 

 

C.     Ce qu’on peut faire par ailleurs entre des phases de collectes ou à l'issue de la collecte 
 
-        Des  groupes d'interview (10 mn x 3 : action réussie, qui incarne vos valeurs professionnelles, militantes, et action au contraire insatisfaisante + analyse et exploitation)
 
-         Passer devant la caméra pour un recueil d'anecdotes sur un des invariants (la découverte de sa classe sociale par exemple)
 
-          Dessiner son travail prescrit et son travail rêvé 
 
-          Débat mouvant sur un thème sur lequel il y a désaccord dans le groupe et noter les arguments
 
-                Diffuser le film en lien avec le stage (nous utilisons notamment les vidéos des conférences gesticulées)
 
-                théâtre image (théâtre de l'opprimé) : sculptez une situation de conflit dans votre pratique professionnelle ou militante
 

 

 

D.    Quelques repères quant à la posture d'éducateur populaire :

 

Nous ne concevons pas « faire participer des gens » à la consigne PHGH sans nous mêmes pratiquer pleinement la consigne. Ceci veut dire qu'en respectant notre personne, notre intimité au même titre que tous les participants, il nous semble fondamental en tant que formateur de participer aux récits de vie en faisant le nôtre et en le dévoilant à chaque fois, même de façon chaque fois différente, avec la plus grande honnêteté possible.

 

Par ailleurs ci dessous quelques repères que nous pouvons avoir en tête pour pratiquer et faire pratiquer la consigne. 

 

1.      Appel aux témoignages, aux récits de vie

L’idée que dans le témoignage il y a une source de savoirs et que l’on peut faire de l’éducation populaire à partir de là.

 

2.      Dimension libératrice

L’idée que ce travail autobiographique est un processus de libération de la parole, qui permet de dire ses ambiguïtés, ses désirs, le relief de sa vie. 

 

3.      Implication

Cette démarche crée un espace qui permet de prendre le temps de se raconter et nommer sa vision du monde, ce qui fait qu’il ou elle est là et pas ailleurs, son engagement à lui ou à elle.

 

4.      Confiance et confidentialité

Comme dans toutes les histoires authentiques, il en va de la qualité de l’écoute, du dialogue entre les personnes, qui vont aider à dire vrai et à se sentir en sécurité pour le faire. Cela suppose aussi que cette confiance ne vaut que pour ce groupe et ce moment particulier. Les récits de vie collectés restent liés à cet espace : principe de confidentialité.

 

5.      Formation

Le cadre que nous proposons est celui d’un processus de construction des savoirs, de confrontation des expériences, des cultures dont chacun est porteur, pour apprendre ensemble, revisiter l’éducation populaire que nous pratiquons, transmettre nos convictions et approches.

 

6.      Collectif

Cette démarche est nécessairement un travail personnel et collectif en ce sens que chacun va réfléchir à son propre chemin, réagir à ce que l’autre raconte, l’interroger, analyser avec lui ou elle ce qu’il en ressort.

 

7.      Transformation(s)

Nos récits sont matières à réflexion individuelle et collective, mais ces connaissances sont ici utilisées pour tirer des enseignements pour nos pratiques d’éducation populaire. La production de questionnements est liée à l’horizon d’une action transformatrice que ce soit de notre environnement institutionnel ou des pratiques elles-mêmes.

 

 

 

E.     Quelques constantes, invariants que nous avons pu repérer ?

 

Faire l’expérience de l’injustice, de l’oppression, de la rébellion et de la résistance à l’autorité.

Vivre de la reconnaissance, de l’estime de soi

Participer à un espace public

L’ascension sociale

L’émotion politique

La découverte de la réflexion intellectuelle

Avoir vécu une expérience pédagogique alternative (école alternative, pédagogie Freinet)

Exister dans une technique

Le rapport à l’institution scolaire

La première manifestation

La découverte de sa classe sociale

La rencontre avec une personne importante

La découverte de la bêtise, de l’humiliation, de la haine de classe

Subir sans réponse collective

Des événements de la grande histoire

Rencontres avec maîtres à penser ou maîtres de cohérence

La force de vie / La curiosité / La colère / L’espoir

Créer du lien, transmettre dans un collectif

L’expérience du collectif voire d’une communauté

 

 

FACTEURS FAVORISANTS

 

FACTEURS RESISTANTS

Travail sur les histoires de vie

 

Résistance à parler de sa vie, des choses douloureuses, confiance à l’instant…

Travail sur les injustices propres au contexte du groupe

 

Négocier des espaces hors du cadre hiérarchique

Avancer masquer

Mettre à égalité, construire une place pour chacun

Lutter conter soi

Hiérarchie des savoirs

Dévalorisation personnelle

Immersion dans un milieu inconnu

Utiliser une grille d’analyse (marxiste, sociologique, économique…)

Culpabilité d’appartenance à une classe sociale

Acceptation de sa classe sociale

Diffuser des œuvres, (livres, films, musiques), permettre la rencontre avec des personnes ou des événements

Le bien pensant résistant au subversif

Réappropriation des modes de pensée éloignés d’une culture personnelle

Diversifier les supports d’expression

Les maîtriser

Retour sur son vécu scolaire

 

Trouver le temps, le cadre, Instaurer la confiance (temps, durée, cadre protecteur)

Donner des suites collectives pour ne pas générer de l’impuissance

 

Alimenter des rencontres avec une réflexion construite collective

Rester modeste, ne pas chercher l’événementiel

 

 

 

F.      Éléments bibliographiques

 

LIVRES

 

LES HISTOIRES DE VIE.

Jean-Louis LE GRAND, Gaston PINEAU.

Que sais-Je, PUF, 4ème édition 2007 (1ère édition 1993)

 

HISTOIRES DE VIE COLLECTIVE ET EDUCATION POPULAIRE

Sous la direction de Marie-Jo Coulon et Jean-Louis Le Grand

Histoire de vie et formation - Formation. 2000

Que se passe-t-il lorsque s'écrivent des histoires de village, lorsque des acteurs sociaux tentent d'expliciter l'histoire des collectivités, d'associations, de groupes de travail ou de militants, de

communautés dans lesquelles ils ont une part active ?

Quinze auteurs de France et du Québec se proposent ici de dégager les dimensions sociales communes d'expériences d'histoires de vie singulières.

 Un panorama d'histoires de vie collectives dans une perspective d'éducation populaire.

 

                  

QUELQUES ARTICLES

 

D. BERTAUX. L’enquête et ses méthodes. Le récit de vie. 2ème édition. Sociologie 128. Colin. 2005

 

Patrick Brun,  ATD Quart monde et la constitution des histoires de vie en collectivité

 

Claude Burneau, Prenez en main votre propre histoire : racontez-la  

 

Christine Burnet, De la vie du quartier à l'écriture romanesque et théâtrale

 

Christian Chenault, Mémoires en quartier

 

Christian Chenault, Ethnologie du domaine français histoires de vie et éducation populaire : filiations théoriques, problèmes épistémologiques

 

Jean-François Chosson,  Peuple et Culture 1960 – 1967,  Quand la marge tient la page !

 

Marie Jo Coulon, Jacques André, Claude Naud  Parole de Passis

 

Marie Jo Coulon, Démarche d'éducation populaire en histoire de vie collective

 

Marie-Jo Coulon (coordination), Le sujet écrivant son histoire. Histoire de vie et écriture en atelier

 

Lainé Alex -1998. Faire de sa vie une histoire. Théories et pratiques de l'histoire de vie en formation, Paris : Desclée de Brouwer.

 

Jean-Louis Le Grand, Repères théoriques et éthiques en histoires de vie collective

 

Jean-Louis Le Grand,  Du récit de résistance et de la démocratisation des savoirs, A propos de deux ouvrages québécois d'Hugues DIONNE

 

Michard Pierre et Yatchinovsky Arlette - 1995. Histoire de vie. Une nouvelle approche pour repenser sa vie autrement, Paris: ESF (Coll. Formation permanente).

 

Pineau Gaston et Le Grand Jean-Louis - 1993. Les Histoires de vie, Paris, PUF coll. Que sais-je? Réed 1996

 

Gaston Pineau, Françoise Deroy, Les remémorations comme production d'histoire collective par passage de témoins entre générations

 

Pineau Gaston et Marie-Michèle - 1983. Produire sa vie. Autoformation et autobiographie, Paris: Montréal: Saint-Martin

 

Pierre Simiand, Expressions de culture populaire et perspectives éducatives

 

Alain Tartier, Histoire cognitive et vie d'une histoire, du réseau au collectif

 

André Vidricaire, Un collectif féminin   

     

 

N° 102 de Sciences Humaines "Les Récits de vie" Fév.2000

 

 

« Les filiations théoriques des histoires de vie en formation ». Pratiques de formation-analyses. N°31. Janvier 1996. Université Paris VIII. Service de la formation permanente.

 

 Revue Pratiques de formation (analyses), Approches non francophones des histoires de vie en Europe, Formation permanente Université Paris VIII. N°55. décembre 2008.

 

 

VIDEO

 

-                Conférence de Jean-Louis Le Grand sur les histoires de vie à Paris 8 http://193.54.168.65/docs/spip.php?article26

 



[1] Autres exemples de ce qu’on peut faire à partir de cette collecte p 8 de ce document